Hommage à Madeleine Moinot
Gustave Massiah
07-01-2019
Madeleine
Gilles m’a demandé de dire quelques mots pour Madeleine.
et, comme vous le savez, et comme le savait bien Madeleine,
il est très difficile de dire non à Gilles.
J’aimai beaucoup Madeleine,
notre relation était assez silencieuse.
Comment parler d’une femme qui savait si bien construire des amitiés silencieuses,
qui savait établir des relations vraies qui n’étaient pas parlées.
Son amitié était dans son regard,
et je me souviens de ce regard chaque fois que nous passions la saluer à l’arrivée et au départ de Salernes
Madeleine est née à Madrid.
Son père, le recteur Sarrailh était un hispaniste qui s’était engagé dans l’accueil des réfugiés espagnols en France.
Elle même parlait l’espagnol comme une grande partie de la famille.
Vous reconnaîtrez, dans ces précisions, l’influence de Marijo qui m’a aidé à retrouver les souvenirs de Madeleine
Ainsi qu’Isabelle et Sylvie qui m’y ont aidé aussi
La mère de Madeleine, fille de gendarme puis professeure, avait été reçue à Sèvres
Elle est morte centenaire
Et elle avait beaucoup d’humour
Son âge avancé ne l’empêchait pas d’aller au Loir dans la théière où on pouvait la rencontrer
Madeleine a épousé Pierre en 1947
Ils ont pu, peu avant le départ de Pierre, en 2007,
fêter leur soixante ans de mariage.
Soixante ans d’amour et de bonheur
Madeleine et Pierre c’était un couple assez extraordinaire.
Toujours ensemble, complémentaires et complices.
Madeleine a tout fait pour soutenir Pierre.
Elle a même organisé des réceptions qui ne l’amusaient guère.
Elle a peut-être aussi gagné le soutien de Pierre pour ne pas être au premier plan.
Parce que Madeleine n’avait pas l’air d’aimer les honneurs pour elle.
Elle n’a même jamais porté sa décoration de la Légion d’honneur.
Elle n’était pas du tout effacée,
elle préférait d’une certaine façon garder sa liberté
et elle n’a jamais cessé d’être elle-même.
Madeleine a eu une belle vie et elle l’a mérité.
Elle a aimé et vécu 60 ans avec l’homme qu’elle a aimé
Elle a été une mère admirable
Et a eu des enfants aimants
Claudine, Catherine et Martine, Gilles et Marianne
Et des petits enfants aussi aimants,
Elise, Mélanie et Céleste, Clémentine, Colas, David et Diego
Et ses quatorze arrière-petits enfants
Une magnifique famille dont elle était le pivot
Elle avait aussi beaucoup d’amis.
Et comment ne pas être ému par cette amitié extraordinaire avec Isabelle
qui a prolongé celle de Pierre et Philippe, sans oublier Nadine,
qui ont cheminé, en complices, de la préparation à Normale, l’engagement dans la division Leclerc pour l’un, dans la division de Lattre pour l’autre, puis à la Cour des Comptes
Madeleine a été bibliothécaire à l’Assemblée Nationale
et même Directeur, comme on le disait à cette époque, de la Bibliothèque de l’Assemblée.
Plusieurs générations de députés ont pu apprécier son amour des livres et de la politique.
Elle a aimé Mendès France, elle a adoré le général de Gaulle, elle a pleuré le soir de l’élection de Mitterand.
Elle a toujours aimé les livres et aussi les lettres
comme en témoignent sa passion pour les mots croisés et le scrabble
Elle avait aussi d’autres passions.
Pour le tennis qu’elle aimait regarder à la télévision,
en forçant un peu Gilles à regarder avec elle Roland Garros qu’elle n’a jamais raté
Elle adorait les puzzles qu’elle excellait longuement à terminer.
Elle donnait des puzzles à Sylvie, en lui disant, ne t’en fais pas, il manque des pièces.
Et Madeleine était capable de se passionner pour un puzzle dont on n’a pas toutes les pièces
Un peu comme pour démontrer que dans une vie on pouvait être heureuse sans avoir toutes les pièces, sans chercher à tout maitriser
Madeleine avait beaucoup d’humour et savait ne pas se prendre au sérieux.
Elle était accueillante sans aucune ostentation
Elle n’était pas prisonnière des conventions
Elle savait voir le ridicule et en rire
Elle savait apprécier les situations incongrues
Quand elle reçoit un préfet à la maison et que le dessert tombe par terre,
elle propose d’aller s’asseoir par terre pour profiter des profiteroles au chocolat
Elle et Pierre aimait se déguiser
Un jour elle s’est déguisée en Phosphatine Fallière pour bébé
Elle et Pierre sont venus, rue Meslay, à une des fêtes de Gilles,
déguisés en cyclistes, avec des cuissardes
Avec les déguisements,
La fiction et la réalité pouvaient se mélanger
Un jour Pierre, est venu à une exposition de Sylvie,
en sortant du quai Conti, en habit d’académicien
et tout le quartier était persuadé qu’il y avait un bal masqué
à l’impasse de l’astrolabe
Pour moi, avec mes origines clairement métèques,
Madeleine était l’image de la république française telle que je l’aime
Généreuse et accueillante
Sensible, ouverte aux autres et aux idées de progrès
Avec des rapports étroits, quasi naturels, mais aussi joliment distanciés,
Avec certains des fondements de la république ancrés dans sa famille,
l’Université, la Libération, les bibliothèques, l’Assemblée nationale, l’Académie
Merci à cette grande dame
Une grande dame digne,
mais aussi bienveillante et drôle, pleine d’humour et d’amour.
8 janvier 2019, GM
