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Aubagne, Forum mondial d’Aubagne – 8p – 08.07.2011 – mondialisation

Aubagne construit son territoire à l’heure du monde

Gustave Massiah
08-07-2011

Le nouveau logo d’Aubagne affirme « ce qui nous rapproche nous mène loin » ; ailleurs, ici, partout, Aubagne participe au monde et Aubagne s’en saisit.

Aubagne 2011 à l’heure du monde répond à une double question : Qu’est-ce que la prise en compte de la dimension mondiale apporte à une collectivité territoriale et à ses habitants ? Qu’est-ce qu’une collectivité territoriale peut apporter, par son action propre, à la transformation du monde ? Elle rappelle le proverbe africain qui affirme que pour comprendre le monde, il faut avoir les pieds dans son village. Elle élargit son ambition : il s’agit de comprendre le monde pour le transformer.

Nous vivons un changement profond dans la manière de changer le monde. La représentation de l’espace politique de la transformation sociale met en scène deux acteurs majeurs : les acteurs économiques limités aux entreprises et l’Etat rabattu sur les administrations. Dans l’évolution récente, deux nouveaux acteurs se dégagent et affirment leur autonomie : les collectivités locales qui relient le territoire à la démocratie de proximité, et les mouvements associatifs, formes organisées de ce que l’on appelle la société civile. Cette évolution renouvelle l’exercice de la démocratie qui ne peut être restreinte à la confrontation entre le pouvoir économique et le pouvoir politique. D’autant qu’avec la victoire du néolibéralisme, le pouvoir des Etats a été complètement subordonné au pouvoir économique, plus particulièrement financier, élargissant dramatiquement la crise du politique.

Le Forum mondial d’Aubagne participe du renouvellement de la démocratie. Les collectivités locales de la commune et de l’agglomération, issues de la démocratie représentative ne s’y cantonnent pas. Elles élargissent les formes de la démocratie participative à toute la ville, à tous les habitants, en dépassant les cercles des convaincus et des militants. Depuis 2008, des « ateliers participatifs », ont validé et précisé  une vingtaine de projets municipaux majeurs (tramway gratuit, espace central jeunes, espace culturel et festif, épicerie sociale et solidaire, complexe sportif, habitat d’urgence pour les femmes victimes de violences, etc.). Des milliers de personnes, directement et à travers leurs associations, participent aux activités et à l’organisation de Aubagne 2011 à l’heure du monde. Le pari est de mettre en œuvre et de réinventer une dimension citoyenne. Le Forum mondial d’Aubagne rend visible une stratégie, celle de l’alliance entre les collectivités locales et les mouvements sociaux et citoyens, celle de la construction d’une légitimité politique à partir des actions collectives des citoyens.    

Les collectivités locales s’inscrivent dans l’enchainement des espaces et des pouvoirs. Elles relient de manière étroite les territoires, les populations, les activités et les institutions. L’agglomération d’Aubagne et de l’Etoile, avec cent mille habitants, est une échelle significative pour la démocratie de proximité et pour les initiatives et les actions politiques. Pour autant, la volonté de se relier au mondial ne signifie aucunement la sous-estimation des autres échelles. L’échelle nationale d’abord qui est celle des politiques publiques et des solidarités, de l’exigence d’un Etat soucieux de l’intérêt général et de la régulation publique. L’échelle des grandes régions aussi qui peut s’affirmer comme une contre-tendance de la mondialisation dominante. A condition que ces grandes régions se construisent à partir des mouvements sociaux et citoyens comme on a pu le voir en Amérique Latine dans la dernière décennie, comme le montre aujourd’hui la région Maghreb-Machrek. Comme devrait le montrer l’Europe, détruite par le néolibéralisme, à réinventer par l’action conjointe d’un mouvement social européen et des collectivités locales et territoriales du continent.

Aubagne s’inscrit dans le mouvement mondial des collectivités locales qui a pris un nouvel essor avec la Conférence des Nations Unies sur l’habitat et la ville à Istanbul et 1996 et la création de Cités et Gouvernements Locaux Unis (CGLU). Aubagne y participe dans les commissions « Inclusion sociale et démocratie participative », « Culture », « Villes de périphérie ». Elle participe à de nombreux réseaux qui échangent leurs pratiques et définissent des positions communes (Cités unies France, « Major for peace » dont le maire Daniel FONTAINE, préside l’association française, à l’Observatoire international de la démocratie participative, dans  les réseaux « Villes éducatrices » et « Villes amies des enfants », etc.). Plus spécifiquement, la Ville d’Aubagne est présente très activement dans les forums sociaux mondiaux, le Forum des autorités locales, le Forum des autorités locales de périphérie pour des métropoles solidaires. Elle a choisi d’affirmer de cette manière l’importance du dialogue politique entre les associations, les mouvements et les collectivités locales. Elle associe dans la participation à ces événements et dans leur préparation les associations locales de solidarité en inscrivant la solidarité internationale comme une dimension qui renouvelle la solidarité sous toutes ses formes. Elle en tire des enseignements qui seront visibles dans le forum mondial d’Aubagne avec la convergence des mouvements sociaux et citoyens, la recherche de l’unité àa partir de la diversité, les activités autogérées, l’orientation stratégique de l’égalité des droits.

Une collectivité locale est toujours confrontée à une redoutable contradiction. Il lui faut répondre à l’urgence et œuvrer pour améliorer les conditions de vie des habitants, à commencer par celles des couches plus populaires les plus démunies, élargir le champ des libertés individuelles et collectives, préserver le territoire et l’environnement. Il lui faut aussi inscrire son action dans la durée, en tenant compte des transformations structurelles qui s’analysent dans l’espace du monde. Il lui faut alors privilégier des actions significatives qui portent, dans le temps long, des possibles dépassements des logiques dominantes.

Aubagne s’y attache dans les quatre directions qui concrétisent une stratégie du changement. La ville soutient les résistances citoyennes porteuses de sens et de création. Ainsi, en 2009, une chaîne humaine s’est formée autour de l’hôpital d’Aubagne pour le protéger des dérives du ministère de la Santé. La ville défend, à travers ses services publics des politiques publiques d’égalité des droits pour les habitants, en les revendiquant à l’échelle nationale et en les amorçant à son échelle.

La ville invente des pratiques concrètes d’émancipation qui préfigurent un autre monde possible. En 2009, la gratuité des transports collectifs a été instaurée sur le territoire de 12 villes et villages, les principales lignes desservant les quartiers populaires. La ville s’engage dans la bataille des idées ; elle affirme «  la supériorité de la réponse pensée collectivement », selon l’expression de son maire. Il s’agit d’un engagement culturel qui donne son sens à « Aubagne 2011 à l’heure du monde ».

A l’attention de Gus MASSIAH

Quelques repères sur la politique de la Ville d’Aubagne

(avec la communauté d’agglomération du pays d’Aubagne et de l’Etoile)

Aubagne est une commune de 46 000 habitants, la ville centre (dont le maire est Daniel FONTAINE) de la communauté d’agglomération du pays d’Aubagne et de l’Etoile (102 000 habitants) présidée par Magali GIOVANNANGELI.

Reconnue pour son attachement aux services publics et à la démocratie, Aubagne a toujours été à la fois audacieuse dans l’élaboration et la conduite de ses projets, réactive face aux politiques gouvernementales, et originale dans ses ripostes citoyennes.

… A l’initiative de « l’agglo », un électeur sur deux s’est, le 13 juin 2010, emparé d’un référendum pour dire non, à hauteur de 96%, à l’intégration de ce territoire dans la communauté urbaine de Marseille. Ici, « l’agglo » mise sur des projets de coopération partagés avec d’autres établissements publics de coopération intercommunale afin de donner tout son sens à une ambition métropolitaine respectueuse des personnalités des territoires (aujourd’hui, le préfet semble à l’écoute de cette dialectique).

… Des milliers de citoyens ont, le 23 juin 2009, constitué une chaîne humaine autour de l’hôpital d’Aubagne afin de le protéger des dérives du ministère de la Santé et de ses désengagements financiers répétés. Dans le prolongement de cette mobilisation citoyenne, 12 000 habitants du territoire ont signé une pétition pour réclamer l’installation d’une Imagerie à résonnance magnétique dans l’établissement public de santé ; 500 personnes ont, le 4 mai 2011, accompagné une délégation d’élus au siège de l’Agence régionale de la santé à Marseille (ladite Ars est aujourd’hui sensible à la ténacité citoyenne et serait disposée à accorder un Irm « à l’Est des Bouches-du-Rhône »).

… La gratuité des transports collectifs a été instaurée sur le territoire communautaire (12 villes et villages) le 15 mai 2009. Deux années plus tard, deux fois plus de personnes utilisent les « bus de l’agglo » (la « fréquentation » a triplé sur les principales lignes qui traversent des quartiers populaires).

La Ville d’Aubagne mise sur la démocratie pour se réaliser. Dans la foulée des élections municipales de 2008, des « ateliers participatifs », constitués de citoyens, d’agents des services publics, d’experts et d’élus, ont investi une vingtaine de projets majeurs du programme municipal validé dans les urnes (tramway gratuit, espace central jeunes, espace culturel et festif, épicerie sociale et solidaire, complexe sportif, habitat d’urgence pour les femmes victimes de violences, etc.).

Elle a par ailleurs récemment lancé de nouvelles discussions (ouvertes sous peu aux « militants de la ville »/citoyens engagés de la commune) afin de revisiter une démocratie déjà remarquablement dynamique ici. L’objectif recherché vise à impulser un nouveau souffle à « la supériorité de la réponse pensée collectivement », selon l’expression de Daniel FONTAINE, et, modestement, à s’inscrire dans une logique de dépassement du pléonasme de la démocratie participative jusqu’à l’émergence de ce que l’on pourrait nommer simplement « démocratie directe ».

Cette approche politique est au cœur des initiatives labellisées « Aubagne 2011 à l’heure du monde »(1), des initiatives conçues et préparées par des centaines de citoyens et « fréquentées » par des milliers de personnes.

Ainsi, en janvier, 2 200 personnes (un record) ont assisté aux vœux du maire en présence de Luzmila CAPRIO SANGUËZA, ambassadrice de la Bolivie en France (elle a notamment lu un message d’Evo MORALES, président de la République plurinationale de Bolivie) ; en février, 700 personnes ont participé à une visioconférence en direct du Forum social mondial de Dakar puis à un débat sur l’Afrique avec Mustapha KA, ancien ministre de la Culture du Sénégal, maire de Passy ; en mars, 120 personnes ont discuté de l’égalité entre les femmes et les hommes avec des féministes croates et Monique DENTAL, fondatrice du réseau « Ruptures » ; en avril, la « Quinzaine des cultures urbaines » a rassemblé plus de 2 000 jeunes et …moins jeunes ; en mai, la « Fête du soleil » proposera  notamment un débat sur le thème : « l’Alba, un nouveau visage pour l’Amérique latine ? » en présence des ambassadeurs de la Bolivie, de Cuba, de l’Equateur et du Venezuela en France, puis la « Journée ville de paix/ville amie des enfants » accueillera Shoji SAWADA, rescapé du bombardement atomique de Hiroshima au Japon, spécialiste international du nucléaire.

« Aubagne à l’heure du monde » occupera, physiquement et intellectuellement,  toute la cité provençale jusqu’à la fin de l’année, avec notamment un espace réflexif exceptionnel, le Forum mondial d’Aubagne, programmé du 8 au 15 octobre(2).

« De quoi je me mêle, de quoi nous mêlons-nous ? », pourrait-on s’interroger. « De ce qui me regarde, de ce qui nous regarde », pourrait-on répondre(3). Comme le proclame le nouveau logo de la Ville d’Aubagne, « ce qui nous rapproche nous mène loin »…

Aubagne a besoin d’accueillir des réflexions, des expériences et des expérimentations d’ailleurs pour nourrir et enrichir ses propres démarches ; elle a également besoin de savoir qu’ailleurs, en France, à l’étranger, d’autres citoyens, d’autres collectivités, d’autres Etats recherchent et/ou inventent des réponses alternatives à la crise systémique. Elle a besoin de rêver à travers la découverte de ce qui s’essaie ailleurs, en Amérique latine par exemple, laquelle Amérique latine a besoin, me semble-t-il, qu’en Europe on innove, on s’inscrive dans une visée de transformation de la société. C’est un besoin mutuel pour conforter de nouvelles logiques émancipatrices. Ailleurs, ici, partout

Deux réalités me viennent à l’esprit : la gratuité effective des transports collectifs en pays d’Aubagne et de l’Etoile (d’autres collectivités territoriales œuvrent dans la même direction en France) ouvre de nouveaux espaces de réflexion et d’action (plus généralement, j’ai le sentiment que la notion même de gratuité de services publics fait irruption dans le débat public national) ; à l’échelle d’un autre pays, la Bolivie, l’âge de départ à la retraite fixé à 58 ans montre qu’il est envisageable, sur ce thème ô combien d’actualité, d’inverser la tendance en Europe, en France.

On observe que ces actes de gestion progressiste offrent potentiellement de nouveaux horizons à l’action publique. A tout le moins, ils font réfléchir : la pensée unique, la soumission aux marchés et aux règles néolibérales prennent des coups sur la tête. In fine, ils modifient le positionnement du curseur des possibles.

Slimane TOUDERT
Aubagne, le 17 mai 2011

  • Lire le « texte fondateur » d’ « Aubagne 2011 à l’heure du monde » rédigé à l’issue de plus de dix heures d’échanges réparties en cinq séances publiques de travail.
  • Lire le programme en cours de validation du Forum mondial d’Aubagne et une première liste d’invités potentiels et prioritaires.

Forum mondial d’Aubagne (projection 1)

hors samedis 8 et 15 octobre

 

Lundi 10 octobre

« L’eau, du bien commun de l’Humanité à la gestion publique » :

 

Riccardo PETRELLA, secrétaire général du Comité international pour un contrat mondial de l’eau (Italie).

« L’engagement féministe au cœur des enjeux contemporains » :

 

Gisèle HALIMI, féministe, altermondialiste (France).

« Rencontres internationales de l’éducation » :

 

Pilar FIGUERAS BELLOT, secrétaire générale de « Villes éducatrices » (Espagne) ; Nico HIRRT, chercheur, président de l’Association pour une école démocratique (Belgique).

« La politique culturelle et la création artistique » :

Jean-Michel DJIAN, ancien rédacteur en chef du « Monde de l’éducation » (France) ; Clémentine AUTAIN, codirectrice de « Regards », animatrice de la Fédération pour une alternative sociale et écologique (France), Catherine CULLEN, adjointe au maire de Lille, capitale européenne de la Culture en 2004

« Les énergies de demain, la place du nucléaire » :

Un(e) dirigeant(e) de la fédération Cgt de l’Energie (France) ; un(e) dirigeant(e) d’Europe Ecologie-Les Verts (France).

« Les alternatives du service public, de la résistance à l’innovation » :

 

Jean-Christophe LE DUIGOU, dirigeant national de la Cgt (France) ; Laurent BONELLI, maître de conférence en sciences politiques (France).

« Les migrations et leurs apports à la société » :

 

Philippe REKACEWICS, cartographe à l’Organisation des nations unies et au « Monde diplomatique » (France) ; Mehdi LALLAHOUI, cinéaste, écrivain, président de l’association « Au nom de la mémoire » (France).

« La culture de paix, gage d’un bien vivre ensemble » :

 

A venir.

« Les médias et l’opinion ou le journal des critiques » (autre titre à rechercher) :

Pierre RIMBERT, journaliste au « Monde diplomatique » (France).

« L’action humanitaire, les défis d’aujourd’hui et de demain » :

Pierre MICHELETTI, fondateur de « Médecins du monde » (France).

 

Mardi 11 octobre

« Le présent et l’avenir des forums sociaux mondiaux, l’état de santé du mouvement altermondialiste » :

Gus MASSIAH, membre du conseil international du Forum social mondial, auteur de « Une stratégie altermondialiste » (France) ; Michael LEON GUERRERO, animateur du Forum social des Etats-Unis ; Stela FARIAS, députée, secrétaire d’Etat de l’Etat de Rio Grande (Brésil) ; Clémentine AUTAIN.

 

Mercredi 12 octobre

« L’Afrique, les révoltes arabes » :

Alaa EL-ASWANY, romancier, auteur de « L’immeuble de Yacoubian » (Egypte), Gus MASSIAH, Alain GRESH, journaliste au « Monde diplomatique » (France).

« L’Amérique latine » :

Ignacio RAMONET, écrivain, ancien directeur de « Monde diplomatique » (France) ; Eduardo PEREIRA, responsable des relations internationales à la fédération des municipalités proches du Parti des travailleurs (Brésil).

« L’Europe » :

Nichi VENDOLA, président de la Région des Pouilles (Italie) ; Dominique VIDAL, coordinateur de « l’Atlas du XXème siècle du Monde diplomatique » (France), un(e) dirigeant(e) de Die Linke (Allemagne).

 

Jeudi 13 octobre

« Du mouvement social aux responsabilités politiques » :

Francis WURTZ, député européen honoraire (France), Pierre ZARKA, directeur de l’Observatoire des mouvements de la société (France) ; un(e) dirigeant(e) du Mouvement vers le socialisme (Bolivie) ; Die Linke ; Stela FARIAS ; un(e) dirigeant(e) du Congrès des syndicats sud-africains (Afrique du Sud) ; Gus MASSIAH (sous réserve) ; Maurice LEMOINE, écrivain, ancien rédacteur en chef du « Monde diplomatique » (France).

 

Vendredi 14 octobre

« Le maire et son équipe municipale face au « Monde diplomatique », le direct » :

Martine BULARD, rédactrice en chef du « Monde diplomatique », et Laurent BONELLI (ou une autre proposition du « Monde diplomatique ».

En plus : une dirigeante nationale de l’association « Osez le féminisme », des personnalités du Ps, d’Europe Ecologie-Les Verts, des élu(e)s de la commission « Inclusion sociale et démocratie participative » de Cités et gouvernements locaux unis et du Forum des autorités locales de périphérie pour des métropoles solidaires.

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