Adresse au FAME (Forum Alternatif Mondial de l’Eau)
Gustave Massiah
22 mars 2022
Je salue le FAME, le Forum Alternatif Mondial de l’Eau
Et vous propose, à cette occasion, quelques réflexions abruptes.
Un forum alternatif, ce n’est pas seulement un contre-sommet,
une rencontre pour protester contre le sommet officiel.
C’est la recherche d’une alternative,
dans la continuité des forums sociaux mondiaux,
c’est lutter et travailler, pour un meilleur monde possible,
pour plusieurs meilleurs mondes possibles.
Et c’est lutter pour cette alternative à partir des mouvements sociaux et citoyens,
c’est affirmer que les mouvements ont leur mot à dire et sont porteurs d’une alternative.
C’est ce que nous voyons avec les mouvements pour le droit à l’eau.
Et puisque nous sommes à Dakar,
saluons un mouvement comme les caravanes terre et eau en Afrique de l’Ouest
qui luttent contre l’accaparement de l’eau et l’accaparement des terres
et qui démontre l’importance des luttes populaires et de leurs propositions.
Le FAME lutte pour l’accès à l’eau pour toutes et pour tous ;
et Le FAME affirme que l’eau n’est pas une marchandise.
Parce que, on ne peut pas résoudre les problèmes de l’accès à l’eau par le marché capitaliste
On ne peut pas réduire l’accès à l’eau à la fixation d’un prix de l’eau.
Fonder le droit à l’eau sur des prix de l’eau, c’est livrer l’eau à la spéculation.
Et nous savons que ce qui détermine le marché capitaliste,
ce n’est pas la réponse aux besoins ;
c’est le profit qui en dernière instance fonde les prix
et se traduit par la spéculation.
Nous en avons la démonstration avec les grandes entreprises qui contrôlent l’eau.
Certes nous ne devrions pas douter de leur philantropie.
On nous affirme d’ailleurs que ceux qui dirigent ces grandes entreprises sont d’abord soucieux de la satisfaction des besoins ; et que, s’ils sont contraints d’accumuler des bénéfices
et de faire passer leurs décisions par la satisfaction de leurs actionnaires,
ce serait certainement contre leur plein gré,
contre leur humanité.
Quelle ironie !
Mais, revenons à la situation actuelle !
Nous sommes dans une période de profonde rupture,
une bifurcation dans l’histoire de l’humanité.
La crise financière de 2008 a démontré les limites du néolibéralisme
comme forme de gestion de la mondialisation capitaliste.
Mais la réponse des dirigeants de l’économie mondiale à cette crise
a été l’austéritarisme qui combine l’austérité et l’autoritarisme,
qui remet en cause la démocratie
et facilite le déploiement des dictatures
comme réponse aux contradictions économiques, sociales et politiques.
Sans oublier que cette crise financière et politique a mis en évidence
la profondeur de la crise écologique qui est une crise de civilisation.
Le développement, fondé sur la croissance productiviste et l’explosion des profits,
a perdu toute signification de progrès et rend visible la catastrophe écologique.
Notamment en ce qui concerne le climat et la disparition des espèces.
L’eau, dans ses différentes dimensions est au centre de la crise écologique.
Une politique de l’eau est d’abord une politique écologique.
L’approfondissement de la crise que nous vivons s’étend à d’autres dimensions
La crise de la pandémie rappelle le droit à la santé
Et l’importance des services publics
Elle remet en avant les droits pour toutes et tous et l’égalité des droits.
Et maintenant, autre dimension de cette crise,
Nous vivons une nouvelle dimension de la guerre qui n’avait jamais disparu
Mais qui prend encore plus d’importance
et qui interpelle l’organisation des relations internationales,
et le droit international.
Cette crise qui se généralise se traduit dans ce que Gramcsi
appelait la bataille pour l’hégémonie culturelle,
qui est une bataille idéologique et culturelle.
Nous vivons actuellement une grande bataille pour l’hégémonie culturelle
qui oppose, d’un côté, les valeurs de l’identité, et en fait, de l’identitarisme
et de la sécurité, en fait du sécuritarisme.
Et, de l’autre côté, les valeurs de l’égalité et de la solidarité.
Et cette bataille se traduit par l’affrontement entre deux conceptions de la liberté :
D’un côté, celle des libertariens et des tenants d’une liberté d’abord égocentique,
celle des riches et des puissants d’imposer leur volonté.
Et de l’autre côté, les tenants des libertés individuelles et collectives,
des droits des peuples et de leurs luttes pour l’émancipation individuelle et collective.
Ces libertés individuelles et collectives, cette solidarité,
se concrétisent dans les services publics.
Dans l’égalité d’accès aux droits fondamentaux,
et notamment dans l’accès à l’eau pour toutes et tous.
L’eau qui ne peut pas être définie comme une marchandise.
L’eau qui est, de manière symbolique et emblématique,
un bien public, un bien commun, un service d’intérêt général,
le fondement de nouveaux rapports entre l’espèce humaine et la Nature.
