Articles et interventions

Alors, heureuse, la mondialisation ? Blamangin, Lusson, Massiah – 14p – 16.06.2019 – mondialisation

Alors, heureuse la mondialisation ?

Par Olivier Blamangin (CEDETIM, ancien responsable syndical), Julien Lusson (CEDETIM, AITEC), Gustave Massiah (CEDETIM, membre du conseil scientifique d’Attac).

16-06_2019

« La mondialisation est une formidable opportunité »,
Emmanuel Macron, France 2, 16 novembre 2016

« Refuser la mondialisation est illusoire, la diaboliser est trop facile »,
Emmanuel Macron, Twitter, 30 mai 2018

En 1999, l’essayiste libéral Alain Minc publiait un ouvrage à succès intitulé La mondialisation heureuse. Il y défendait les bienfaits du libre-échange et de la flexibilité, s’insurgeait contre la frilosité des français face à une inéluctable ouverture des marchés. Vingt ans plus tard, le monde a effectivement été profondément bouleversé. Mais même le président du patronat français, Geoffroy Roux de Bézieux, le reconnait : « la mondialisation heureuse est terminée » (Journal du Dimanche, 3 novembre 2018). Alors, la mondialisation, d’où vient-elle et que change-t-elle au fond ? Qui en sont les « gagnants » et les « perdant » ?

 

Vignette 1
La mondialisation, quoi de neuf ?

« Nous vivons à l’heure de la mondialisation ». L’affirmation peut sembler bizarre. Car la mondialisation a toujours existé. Mais, en effet, depuis le début des années 1980, les rapports entre les sociétés, les nations et les États, l’ordre international, l’économie et le capitalisme ont été profondément bouleversés. Resituer la mondialisation dans le temps long permet de faire la part des continuités et ruptures.
L’histoire de la mondialisation commence il y a quelques siècles, dès l’origine du capitalisme. La mondialisation est, en effet, capitaliste depuis le début, autant que le capitalisme est mondial depuis ses débuts. La bourgeoisie, classe sociale porteuse du capitalisme, s’affirme progressivement au sein des sociétés féodales dès le XIe ou le XIIe siècle. Elle gagne en puissance dans les grandes villes marchandes, lesquelles sont alors les centres de ce nouveau monde en construction. Dès le XIIIe siècle, pour ne prendre qu’un exemple, la bourgeoisie de la République de Venise met en oeuvre une stratégie capitaliste et mondiale en lançant ses navires à travers la Méditerranée orientale et en y multipliant les comptoirs marchands. Elle prend le contrôle du commerce entre l’Occident continental et l’Orient et se trouve, déjà, au coeur de ce que l’historien Fernand Braudel appelle une « économie-monde ». L’historienne Élisabeth Crouzet-Pavan observe que les marchands vénitiens étaient actifs sur toutes les places commerciales, de Constantinople à la Crète, de Bruges à l’Arménie, de l’Afrique du Nord à l’Eubée[1]. Cette domination est alors assurée par la supériorité technique des galères sorties de l’arsenal de Venise qui est, dans la première moitié du XVe siècle, le premier employeur de l’Occident, avec 17 000 employés ; la flotte marchande vénitienne comptant 25 000 marins[2]. Le revenu par habitant à Venise, en 1400, était quinze fois plus élevé que celui de Paris, Madrid ou Londres. En 1423, dans son discours sur l’état de la cité, le doge Tommaso Mocenigo a pu recenser 3 000 navires marchands, 300 navires de guerre. L’État se comporte comme une gigantesque compagnie de navigation : tous les ans, il affrète, sous l’autorité du Sénat, 15 à 20 vaisseaux de 300 à 500 tonneaux, naviguant toujours groupés par deux ou quatre, vers l’Orient, l’Égypte, l’Afrique du Nord, et de plus en plus vers les ports anglais et flamands.
Les bourgeoisies les plus puissantes se sont ainsi, depuis longtemps, développées à mesure qu’elles ont travaillé à mondialiser leurs marchés.
Les diverses colonisations ont été des conséquences et des accélérations de ce mouvement historiquement long – d’abord aux Amériques à partir de la fin du XVe siècle, puis en Afrique et en Asie. La création de ce qu’on appelle alors les « Compagnies des Indes » (de grandes compagnies privées auxquelles les États européens – Hollande, France et Angleterre – délèguent le monopole du commerce avec les comptoirs coloniaux) préfigure en quelque sorte l’entreprise multinationale d’aujourd’hui.
La mondialisation du capitalisme n’est donc pas un phénomène nouveau. Elle a connu un premier cycle d’accélération pendant la révolution industrielle européenne et l’expansion coloniale, en étant favorisée par diverses évolutions techniques, augmentant les échanges entre continents (bateaux à vapeur, télégraphe, etc.).
Si la mondialisation n’est pas nouvelle, il y a quand même eu par la suite des différences de degrés d’interpénétration des économies et d’unification progressive d’un marché mondialisé : à partir de la fin des années 1970 s’ouvre une nouvelle phase de la mondialisation capitaliste, que l’on nomme néolibérale. Les nouvelles technologies de la communication et de l’information, leur rapidité, la réduction drastique de leur coût, conjuguée à la révolution des transports de masse des marchandises – ce qui favorise pour les firmes et les investisseurs une instantanéité, une omnivision et une ubiquité jamais atteintes – permettent une connexion mondialisée des places financières et une croissance exponentielle des flux financiers et des flux commerciaux. Ce qui rend de plus en plus interdépendantes un nombre croissant d’économies nationales. Les fonds d’investissement, les multinationales et des personnels d’État convertis au marché sans entrave imposent un mouvement inédit de déréglementation de la finance et de libéralisation commerciale (accords, puis zones de libre-échange, libéralisation des règles de l’Organisation mondiale du commerce, croissance sans précédent des circulations de marchandise). S’ensuit une extension jamais vue du domaine marchand à l’échelle mondiale et à l’ensemble des secteurs (santé, éducation, énergie, etc.). Même les biens communs (vivant, eau, air) ne sont pas épargnés par cette marchandisation quasi totale.
Le modèle de production de la grande entreprise multinationale, structurée en chaîne de valeur, s’impose toujours davantage. Les marchés financiers, avec leurs exigences de rentabilité toujours plus forte et leurs spéculations (qui s’opèrent à une vitesse folle), occupent une place grandissante dans le financement des entreprises et des États. Les transactions financières s’effectuent en continu, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, les opérateurs pouvant intervenir en temps réel sur les marchés de Tokyo, Londres ou New York. De sorte que les capitaux circulent sans restriction à travers le monde et jouent de la concurrence fiscale et sociale entre les territoires et les travailleurs, ce qui favorise un dumping social généralisé, pris dans une division internationale du travail qui s’accroît. Au Sud, les délocalisations visent à exploiter et tirer profit d’une main-d’oeuvre bon marché. Au Nord, délocalisations, automatisation, robotisation et nouvelle organisation du travail entraînent des licenciements massifs, la destruction de millions d’emplois qui n’est qu’imparfaitement compensée par des créations dans d’autres secteurs.
Cette nouvelle phase de la mondialisation constitue-t-elle un horizon indépassable de l’histoire ? Assurément, non. La crise financière de 2008 a montré les limites du néolibéralisme et a ouvert une période d’incertitudes et de grandes contradictions. La croissance des inégalités, les ravages écologiques, à l’échelle du monde et au sein de chaque société, sont de plus en plus insoutenables.

Vignette 2
Made in … multinationale

Téléphones, ordinateurs, vêtements, alimentation… Autant de made in venus de l’autre bout de la planète. Ils envahissent désormais nos supermarchés, tandis que nous accédons via Internet à des produits culturels du monde entier. La mondialisation est devenue notre quotidien de consommateurs.
Depuis les années 1990, les échanges commerciaux internationaux se sont fortement accélérés et ont même augmenté plus vite que la production mondiale. C’est que, du côté de la production, les choses ont profondément évolué. Les grandes entreprises multinationales opèrent désormais sur le « marché mondial » et, avec elles, sont apparus de nouveaux types d’échanges commerciaux non plus simplement internationaux, c’est-à-dire entre pays spécialisés dans une production particulière (par exemple produits agricoles d’un pays contre bien manufacturés d’un autre), mais multinationaux.
Les systèmes de production des grandes multinationales de secteurs aussi variés que l’automobile, l’aéronautique, l’électronique, l’alimentaire ou le textile-habillement, se caractérisent désormais par une déconnexion croissante entre, d’une part, les lieux de distribution et de consommation et, d’autre part, l’origine géographique des composants et la localisation des étapes du processus de fabrication. Un iPhone, par exemple, est composé à 90% de pièces fabriquées hors des États-Unis : semi-conducteurs d’Allemagne et de Taïwan, mémoires de Corée et du Japon, écrans et circuits de Corée et Taïwan, métaux rares d’Afrique et d’Asie, acier de Russie… L’assemblage est réalisé à Zhengzhou, la « Apple City » de la province du Henan (Chine), par l’entreprise taïwanaise Foxconn, qui y emploie près de 300 000 ouvriers[3]. Apple contrôle ainsi toute la chaîne de valeur du produit et optimise ses coûts grâce aux « qualités » de chacun des segments de production : l’extraction à bas coûts des matières premières en Afrique, la maîtrise technologique de la Corée du Sud et du Japon, la présence en Chine d’usines de montage avec une main-d’oeuvre abondante, mal rémunérée et corvéable à merci, sous la supervision d’ingénieurs de qualité moins chers que les ingénieurs américains, etc. Par la maîtrise de la conception et en favorisant cette production éclatée, Apple peut s’approprier l’essentiel de la valeur ajoutée du produit. C’est-à-dire l’essentiel de la richesse produite par l’ensemble du travail mobilisé, tout au long de la chaîne de valeur[4].

Apple n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. La concentration financière, contribuant au développement de grandes entreprises de niveau mondial via les fusions-acquisitions, est allée de pair avec la déconcentration productive, c’est-à-dire l’éclatement des grandes entreprises intégrées en une multitude de petites unités de production, via les processus de filialisation, d’externalisation, de sous-traitance en cascade et de délocalisation. Dans le même temps, le développement de la finance de marché a imposé, dans les entreprises, des normes de rentabilité de court terme très élevées (de l’ordre de 15%) au bénéfice des actionnaires, contribuant à la pression sur le travail et au développement de nouvelles stratégies de valorisation du capital. Avec la libéralisation commerciale, les grandes firmes ont confié une part croissante des activités productives à des fournisseurs et sous-traitants (en particulier en Chine, de loin le premier exportateur mondial aujourd’hui), tout en focalisant leurs investissements sur des activités immatérielles (marketing, commerce, finance).
Une nouvelle hiérarchie s’impose désormais au sein de réseaux transnationaux de production – ou chaînes globales de valeur – entre les multinationales « têtes de réseau », qui conçoivent les produits et les marques et engrangent l’essentiel des profits, et les fournisseurs et les sous-traitants, auxquels sont confiées les tâches d’exécution (et progressivement des tâches d’ingénierie) de la production. Les firmes multinationales mettent en concurrence des territoires, pour bénéficier de normes sociales, fiscales et environnementales plus avantageuses. La multiplication des filiales et les manipulations comptables permettent le développement de stratégies d’optimisation fiscale. C’est ainsi qu’Apple est parvenu à ne payer quasiment aucun impôt en Europe, malgré des bénéfices considérables. Dans les pays anciennement industrialisés, ces évolutions ont modifié le travail, flexibilisé et précarisé l’emploi, éclaté les collectifs. Le contenu du travail a été modifié en profondeur, combinant contraintes industrielles (travail à la chaîne, suivi des cadences et des normes, etc.) et contraintes marchandes (satisfaire le client rapidement, relations client-fournisseurs généralisées).
Ce modèle productif n’aurait pas été possible sans le développement des technologies de communication et la révolution des transports, par conteneurs notamment. Mais cette croissance exponentielle des transports et de la consommation d’énergie (carbonée) afférente porte en elle les germes d’un véritable désastre écologique. Le Forum international des transports auprès de l’OCDE prévoyait, en 2015, que les volumes de fret international seraient multipliés par plus de quatre d’ici 2050 et que la distance moyenne des transports, tout mode confondu, augmenterait de 12 %. Avec à la clé une augmentation de 290 % des émissions de CO2 imputables au commerce international entre 2010 et 2050, le fret devenant alors la principale source d’émission de CO2 pour le transport de surface, devant le transport de passagers [5].

Vignette 3
Mondialisation des inégalités

Thiago a tout juste douze ans. Il vient d’installer sa caisse de cireur de chaussures devant le Fashion Mall de Rio de Janeiro, dans la capitale brésilienne. Chaque après-midi, après l’école, il interpelle ainsi les passants qui se pressent vers le centre commercial, pour leur proposer ses services. Cela lui permet de gagner quelques pièces et d’aider sa mère, femme de ménage dans une riche famille d’avocats, qui élève seule ses enfants. La mondialisation, Thiago l’entrevoit tous les jours : des dizaines de camions, chargés de marchandises fabriquées en Asie ou en Amérique du Nord, qui viennent ravitailler les boutiques du centre commercial ; les grandes marques internationales dont les logos s’étalent sur les sacs de celles et ceux qui rentrent chez eux après leurs courses ; les milliers de personnes qui dépensent ici, pour se restaurer un soir ou se vêtir, bien plus que ce que Thiago rapporte à la maison en une année de dur labeur. Sans doute ces gens-là sont-ils les grands « gagnants de la mondialisation », ceux que les journalistes de la télévision appellent la classe moyenne du Brésil émergent. S’il y a des gagnants, c’est qu’il y a aussi des perdants ? Thiago, lui, n’a pas l’occasion de jouer. Il regarde simplement passer la mondialisation, comme son oncle avant lui, qui lui a transmis sa caisse de cirage…
Toute la mondialisation « heureuse » est résumée dans ce centre commercial brésilien : la croissance extraordinaire du volume de marchandises et de services produits dans le monde, avec certains pays pauvres qui deviennent des pays émergents, et des millions de gens qui sortent de la pauvreté, dans un marché mondial qui ne fait plus qu’un (les produits parcourent la planète en tous sens). Entre 1960 et 2017, le produit intérieur brut (PIB) mondial – la richesse produite chaque année par l’ensemble des pays de la planète – a effectivement été multiplié par sept[6]. Sur la même période, le commerce mondial de marchandises, mesuré comme la somme totale des exportations de l’ensemble des pays, a, lui, été multiplié par presque 20[7]. La grande pauvreté a significativement reculé à l’échelle de la planète : en 1981, 42 % de la population mondiale vivait avec moins de 1,90 dollar par jour. Depuis, cette proportion a sans cesse reculé, passant à 28% au tournant des années 2000 et à moins de 10% en 2015[8]. C’est évidemment l’extraordinaire développement de la Chine et de l’Inde qui permet ces bons résultats. Mais d’autres pays en ont bénéficié, comme le Brésil de Thiago, où l’on comptait entre 20 et 30% de très pauvres au début des années 1980 ; ils sont moins de 5% aujourd’hui.
Et puis, il y a le revers, l’énorme revers, de la médaille. Les 700 millions de très pauvres – dont un peu plus de 400 millions en Afrique – qui continuent à vivre avec moins de 1,90 dollar par jour et restent, comme Thiago, sur le bord du chemin. Les centaines de millions de personnes – une sur dix ! – qui souffrent toujours de la faim alors que nous vivons dans un monde d’abondance. Celles et ceux qui gagnent effectivement plus que 1,90 dollar par jour, le seuil de grande pauvreté monétaire, mais qui ne peuvent en vivre dignement. La mise en concurrence généralisée des travailleurs qui pèse sur les salaires. Les usines textiles qui ferment à Madagascar, où le salaire minimum ne dépasse pas quelques dizaines d’euros, pour se délocaliser au Bangladesh, dont les coûts de production sont encore moins élevés. Le changement climatique et les dégâts environnementaux considérables d’un système qui prélève sur la nature toujours plus de ressources non renouvelables. Et le développement des inégalités, qui se creusent toujours.
Car, dans cette histoire longue de la mondialisation, la phase néolibérale a introduit une rupture : alors que les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres n’avaient cessé de se réduire tout au long du XXe siècle, elles se creusent de nouveau depuis le début des années 1980. On peut mesurer cette évolution en comparant ce que gagne chaque année un groupe d’individus (par exemple les 1% ou les 0,1% les plus riches) par rapport à ce que gagne l’ensemble de la population d’un pays. On constate alors qu’à l’échelle du monde les revenus annuels des 1% les plus riches sont passés, entre 1982 et 2012, de 16 à 21 % de la totalité des revenus. En d’autres termes, si l’on devait partager le gâteau des richesses produites chaque année dans le monde en 100 parts égales, les 1% les plus riches accapareraient à eux seuls un peu plus de 20 parts, en ne laissant qu’un peu moins de 10 parts aux 50% les plus pauvres, la moitié de la population mondiale. L’accumulation au sommet de la pyramide devient proprement saisissante : selon le dernier rapport de l’association Oxfam, les 26 plus grandes fortunes mondiales détiennent autant de richesses que les 3,8 milliards de personnes les plus pauvres[9] !
Cette croissance des inégalités touche la presque totalité des pays, y compris ceux qui sont considérés comme les principaux bénéficiaires de la mondialisation. C’est le cas de la Chine ou des États-Unis, mais aussi de l’Inde, où le fossé se creuse de façon particulièrement spectaculaire : en une vingtaine d’années, le revenu des 1 % les plus riches y est passé de 6 à 21 % du revenu national total. L’Europe et la France n’échappent pas à ce mouvement général, même si les inégalités s’y creusent moins rapidement. On aurait tort de considérer ce problème comme un simple dégât collatéral de la mondialisation actuelle ou comme un phénomène transitoire : il est au coeur du projet néolibéral, qui s’attaque à toutes les entraves au « libre commerce », et donc à toutes les politiques publiques (fiscales, sociales, éducatives, etc.), dont l’objet est justement de lutter contre les inégalités.


Morale de l’histoire

La mondialisation libérale

Lexique de désenfumage

Banque mondiale : la Banque mondiale est une institution financière, créée en même temps que le FMI, qui accorde des prêts à des pays en développement. C’est le plus important prêteur d’argent d’origine publique. Ces prêts sont normalement destinés à des investissements (infrastructures, etc.) et à la lutte contre la pauvreté mais sont, comme pour le FMI, conditionnés au respect d’une stricte orthodoxie financière conforme aux règles du néolibéralisme. Cette orthodoxie trouve son expression dans les programmes d’ajustement structurels.

Chaîne de valeur : c’est l’étude précise des différentes étapes nécessaires à la production d’un bien au sein d’une entreprise ou d’une filière, de l’achat de matière première jusqu’au service après-vente. L’objectif est d’identifier, en décortiquant ainsi chaque étape nécessaire à la production, où et comment se crée la valeur du produit et quelles sont les étapes qui donnent à l’entreprise ou à la filière un avantage concurrentiel.

Classe moyenne : le terme, très discuté parce qu’il peut recouvrir des réalités très différentes, désigne la classe sociale de celles et ceux dont le niveau de vie se situe au-dessus des classes sociales les plus pauvres et en dessous de celle des plus aisées.

Classe sociale : la classe sociale désigne un groupe social de grande dimension qui occupe une place dans la hiérarchie sociale d’une société. Les classes sociales sont définies en fonction des rapports sociaux de production. Dans la société féodale, par exemple, la propriété de la terre distingue les féodaux des paysans. Dans la société capitaliste, la propriété des moyens de production et du capital sépare les capitalistes des ouvriers.

Crise de la dette : on parle de crise de la dette quand un pays endetté ne dispose pas d’assez de ressources pour honorer ses remboursements. Au début des années 1980, pour lutter contre l’inflation, les États-Unis ont remonté leurs taux directeurs jusqu’à 20 % et déclenché ainsi une crise de la dette des pays en développement qui n’étaient plus en mesure de faire face à leurs échéances. Après la crise financière de 2008, une crise de la dette a aussi directement concerné les pays européens, à l’exemple de la crise de la dette en Grèce en 2010.

Délocalisation : c’est le déplacement d’une activité et des emplois d’une entreprise vers un autre territoire, généralement pour réduire les coûts de production grâce à des salaires moins élevés, des législations sociales ou environnementales moins contraignantes, une fiscalité plus faible, etc.

Externalisation : elle consiste à confier à une entreprise extérieure, à un sous-traitant, tout ou partie d’une tâche ou d’une activité nécessaire à la production d’un produit. L’entreprise peut par exemple externaliser, donc confier à une entreprise extérieure plutôt qu’à ses propres salariés, la réalisation de certaines pièces, le transport de marchandises, l’assistance téléphonique ou encore l’entretien de ses locaux. L’objectif est alors de réduire les coûts en jouant sur la mise en concurrence des prestataires et sur la flexibilité du service.

Fonds monétaire international : en 1945, les accords de Bretton-Woods créent trois institutions chargées de la finance internationale (le FMI), de l’économie (la Banque mondiale), et du commerce international (l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce international, qui sera complété en 1995 par l’Organisation mondiale du commerce – OMC). Ces institutions sont officiellement rattachées aux Nations unies mais sont en réalité complètement autonomes. Le FMI doit assurer la stabilité du système monétaire internationale et aider à la gestion des crises monétaires et financières. Il accorde des prêts en cas de crise financière mais il conditionne l’obtention de ces prêts au respect d’une stricte orthodoxie financière, conforme aux règles du néolibéralisme.

Optimisation fiscale : ensemble de pratiques, à la limite de la légalité, qui permettent à un contribuable de réduire ses impôts. Il utilise pour cela toutes les failles de la loi, les facilités offertes par les conventions fiscales entre pays et la possibilité de localiser ses activités dans un territoire ou dans un autre. Pour les entreprises, l’optimisation fiscale passe généralement par une localisation des charges déductibles de l’impôt dans un pays à forte fiscalité et par un transfert d’un maximum de profits dans un pays où ils sont faiblement imposés.

Pays émergents : pays en développement qui connaît une croissance économique rapide et des mutations sociales importantes. Le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud (les « BRICS ») sont considérés comme les principaux pays émergents, mais on y trouve aussi des pays comme la Turquie, l’Argentine ou l’Indonésie.

Politique keynésienne : une nouvelle théorie formalisée par l’économiste John Keynes va émerger entre les deux guerres mondiales et s’imposer en 1945. Elle préconise l’intervention active des gouvernements dans l’économie et relie la politique monétaire à la croissance économique. Les marchés ne peuvent pas être laissés à eux-mêmes, ils doivent être régulés. La priorité est à donner à l’emploi et à la recherche du plein-emploi, plutôt qu’à la lutte contre l’inflation.

Programme d’ajustement structurel : un programme d’ajustement structurel (PAS) est un programme de réformes économiques que le FMI et la Banque mondiale imposent aux pays confrontés à une crise financière et économique. Le PAS exige la libéralisation des échanges, l’interdiction de contrôler les importations, l’obligation de laisser les bénéfices sortir librement d’un pays, la privatisation des entreprises d’État, une politique d’austérité par la réduction des dépenses publiques et des dépenses sociales.

Rapports sociaux : les rapports sociaux définissent les relations entre les individus et entre les groupes. Ils recouvrent plusieurs dimensions et déterminent des rapports de coopération ou de domination. Les rapports sociaux de production sont ceux qui structurent les processus de production et de distribution des richesses.

Révolution industrielle : la première révolution industrielle commence en Angleterre et dans les Flandres au milieu du XVIIIe siècle et gagne la France au début du XIXe siècle. Elle suit une modernisation de l’agriculture avec l’apparition de rapports capitalistes autour des fermiers. Elle concerne le textile, l’énergie et la vapeur, la métallurgie dans les manufactures. La deuxième révolution industrielle, dans les années 1870, concerne l’électricité et le moteur électrique, le pétrole, la chimie, la sidérurgie, l’automobile et le chemin de fer. C’est l’organisation de l’entreprise moderne et de la classe ouvrière. La troisième révolution industrielle, à partir des années 1970, est la révolution informatique avec les microprocesseurs et Internet. Les imprimantes 3D, le numérique et les biotechnologies peuvent bouleverser les rapports sociaux.

Société féodale : la société féodale est organisée autour des seigneurs, qui possèdent des domaines, et des paysans, qui travaillent et leur versent un tribut en échange d’une protection et du droit de travailler la terre. Le système féodal est souvent issu de la décomposition des grands empires. Il conserve des rois et des souverains dont les féodaux sont les vassaux. En Europe au Moyen Âge, il comprend trois ordres : « ceux qui prient, ceux qui font la guerre et ceux qui travaillent ». À partir de l’an 1000, le développement des villes a favorisé la centralisation des États et l’émergence d’une nouvelle classe de marchands et d’artisans, la bourgeoisie.

Valeur ajoutée : on l’obtient en déduisant du prix de vente d’un produit le prix de l’ensemble des matières premières et des services qui ont été nécessaires à sa production. En d’autres termes, c’est tout simplement la richesse produite lors du processus de production, par le travail de celles et ceux qui y ont contribué. La question est ensuite de savoir comment cette valeur ajoutée est répartie entre les salariés, l’État et les propriétaires de l’entreprise.

À lire

Samir Amin, Le développement inégal, Éditions de Minuit, 1973

Etienne Balibar et Immanuel Wallerstein, Race, Nation, Classe, La Découverte, 2007

Fernand Braudel, La grammaire des civilisations, Flammarion, 2008

André Gunder Franck, L’accumulation mondiale 1500-1800, Calmann-Lévy, 1977

Gustave Massiah, avec la collaboration d’Elise Massiah, Une stratégie altermondialiste, La Découverte, 2011

Immanuel Wallerstein, Comprendre le monde, introduction à l’analyse des systèmes-mondes, La Découverte, 2009

Collectif Éthique sur l’étiquette, Mondialiser les droits humains au travailhttps://ethique-sur-etiquette.org/

Jean-Pierre Durand, « Le travail aujourd’hui : crises et modèles productifs » – http://www.educ-revues.fr/EFLASH/AffichageDocument.aspx?iddoc=39106

Florence Palpacuer, « Chaines globales de valeur, modèles de GRH et responsabilité sociale d’entreprise » – http://www.lest.cnrs.fr/IMG/pdf/chap_f_palpacuer_chaines_globales.pdf

Nolwenn Weiler, « Ce qui se passe dans le monde du travail est une des causes importantes de la montée du FN », Bastamag.net, 1er avril 2016 – https://www.bastamag.net/Ce-qui-se-passe-dans-le-monde-du-travail-est-une-des-causes-importantes-de-la

Branko Milanovic, Inégalités mondiales : le destin des classes moyennes, les ultras riches et l’égalité des chances, La Découverte, 2019.

Facundo Alvaredo, Lucas Chancel, Thomas Piketty, Emmanuel Saez, Gabriel Zucman, Rapport sur les inégalités mondiales, World Inequality Lab, 2018 – https://wir2018.wid.world/files/download/wir2018-summary-french.pdf.

Oxfam, Services publics ou fortunes privées ?, rapport 2019 – https://www.oxfamfrance.org/wp-content/uploads/2019/01/rapport-davos-2019-oxfam-services-publics-ou-fortunes-privees.pdf.

[1]. Voir : Élisabeth Crouzet-Pavan, Venise triomphante, les horizons d’un mythe, Albin Michel, Paris, 1999

[2]. Fernand Braudel, « La mer », in Fernand Braudel (dir.), La Méditerranée. L’espace et l’histoire. Les hommes et l’héritage, Flammarion, Paris, 1977.

[3]. Voir : « Étude de cas : l’iPhone, un produit mondialisé », L.A. Story, 1er octobre 2018.

[4]. Le prix final d’un iPhone 4, vendu en 2011 à 620 dollars, se décomposait de la façon suivante : 26 % pour les composants, 7 % pour la batterie et divers, 5,75 % pour les logiciels et brevets, 3,25 % pour la main-d’oeuvre (assemblage et tests), 1,6 % pour l’emballage et la logistique de vente, 56,4 % pour la marge (dont marketing et commercialisation).
Source : Alternatives économiques, http:/www.alternatives-economiques.fr/pics_bdd/article_option_visuel/A690019D.

[5]. Forum international des transports de l’OCDE : www.itf-oecd.org

[6]. Banque mondiale, PIB en dollars américain constants de 2010, données des comptes nationaux de la Banque mondiale et de l’OCDE, DataBank, avril 2019.

[7]. Calcul d’après UNCTADStat, total mondial des exportations en dollars américains, prix courants convertis en prix constants de 2018.

[8]. Banque mondiale, ratio de la population disposant de moins de 1,90 dollar par jour en pourcentage de la population (parité de pouvoir d’achat 2011).

[9]. Oxfam, Services publics ou fortunes privées ?, Davos, 2019, p. 32.

Rechercher