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Attac – 25 ans – Politis – 3p – 18.07.2023 – ATTAC, mouvements

ATTAC, un mouvement citoyen global

Gustave Massiah
Ancien vice-président d’Attac France (2003 à 2006)
18-07-2023

 

Cette année, ATTAC fête ses vingt-cinq ans. En décembre 1997, Ignacio Ramonet, dans un éditorial du Monde Diplomatique, reprend une proposition de James Tobin, prix Nobel d’économie en 1981, et propose une taxe sur les transactions financières internationales. Pour Tobin, il s’agissait de réduire la spéculation qui menaçait les régimes de change à taux fixe. Ignacio Ramonet élargit l’objectif et propose une taxe sur toutes les transactions financières pour lutter contre les effets désastreux de la mondialisation financière. ATTAC (Association pour une Taxe Tobin d’Aide aux Citoyens, devenue Association Internationale pour la Taxation des Transactions financières et l’Action Citoyenne, ATTAC) est créée, le 3 juin 1998, à Paris, par une réunion, présidée par Bernard Cassen, directeur du Monde Diplomatique, d’une quarantaine de syndicats et d’associations qui constituent l’association des membres fondateurs. Environ 30000 personnes rejoignent l’association en créant des comités locaux. Un Conseil scientifique d’ATTAC d’une cinquantaine de personnes est créé parallèlement.

Le 11 décembre 1998, se tient à Paris, une réunion internationale qui fonde le « Mouvement international pour le contrôle démocratique des marchés financiers et de leurs institutions », le Mouvement International ATTAC. Ce mouvement créé une plateforme internationale, sans structures hiérarchiques et sans centre géographique. ATTAC Italie est créé avec un séminaire sur la criminalité financière. Le mouvement est aujourd’hui présent dans 38 pays dont onze pays européens, particulièrement en France, Allemagne, Autriche, Espagne, Italie, Hongrie. En Asie, Afrique et Amérique Latine, les associations Attac sont aussi, très souvent, membres du CADTM, le Comité pour l’abolition des dettes illégitimes. Il prône la convergence des réseaux contre les politiques néolibérales, la convergence des mouvements syndicaux, des droits de l’homme, écologistes, citoyens. Il propose de développer la démocratie participative. Le 30 janvier 1999, Attac participe, avec le Forum Mondial des Alternatives, créé par Samir Amin et Fançois Houtard, et avec le cedetim, à une manifestation à Davos, contre le Forum Economique Mondial. Attac participe activement à la création des Forums sociaux mondiaux. Le premier Forum de Porto Alegre en 2001 est décidé lors d’une réunion entre Bernard Cassen et Chico Withaker, dans les locaux d’ATTAC. Les FSM se déploient dans le monde.

Dans un premier temps, le Forum Social Mondial a joué un rôle novateur et a contribué à une période de luttes et de mobilisations, dans le prolongement des manifestations contre l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), à Seattle, en 1999, jusqu’à la crise financière de 2007-2008. A partir de 2008, le néolibéralisme austéritaire, associe austérité et autoritarisme. C’est aussi la montée de l’urgence climatique et la crise de la pandémie et les formes de mobilisations. Le Forum Social Mondial a bien abordé la crise de 2008, et le forum de Belém en 2009 a été excellent de ce point de vue. Il a été marqué par la montée en puissance de nouveaux mouvements (les droits des femmes, la Via Campesina, les peuples autochtones), il a mis en avant les rapports entre l’espèce humaine et la Nature. Il a ébauché une démarche stratégique en soulignant la nécessaire résistance à la financiarisation et la mondialisation néolibérale. Ces propositions intéresseront la Commission des Nations Unies, présidée par Joseph Stiglitz et Amartya Sen. Le Forum de Belém a aussi mis en avant la recherche d’alternatives et de ruptures en proposant de nouvelles approches (les communs, le buen vivir, la propriété sociale, la démocratisation de la démocratie, …). Il a caractérisé la crise de civilisation et la période, celle des mouvements émergents et de la démarche stratégique ; celle du social, de l’écologie, de la démocratie.

Depuis 2008, le néolibéralisme est toujours en crise et toujours dominant. Il impose sa stratégie : marchandisation, privatisation, financiarisation. A partir de 2011, les mouvements se renforcent et développent une nouvelle séquence avec les printemps arabes, les indignés, les occupys, le mouvement des places. Le mouvement ATTAC y participe. Des répressions leur répondent dans plus de cinquante pays. La séquence est brouillée par la pandémie et la crise de la covid. A la sortie de l’épisode pandémique, une évidence s’impose, la financiarisation se renforce mais elle rentre de plus en plus en contradiction avec la situation ; elle est remise en cause fondamentalement par la prise de conscience de plus en plus aigué des limites écologiques.

Comme exemple de la radicalité des mouvements, et de l’importance des résistances, nous avons vécu, en France, la succession des mouvements menés par les syndicats, paysans et ouvriers et les associations, avec le soutien d’ATTAC France. En Bretagne, les opposants au projet d’aéroport qualifié de Grand Projet inutile et imposé, occupent le terrain qu’ils nomment Zone à Défendre de Notre Dame des landes depuis 2009 et obtiennent l’abandon du projet.  A partir de 2009, la succession des luttes est ininterrompue. Nuit Debout occupe, jour et nuit, la place de la République de mars à fin mai 2016. Il s’agit d’une convergence des luttes, sans porte-parole ni leader, avec l’appui du DAL (Droit au Logement), en démocratie directe contre la loi travail. Le mouvement des gilets jaunes est lancé en novembre 2018, via le web et les réseaux sociaux. Il occupe les ronds-points et impose les péages gratuits. Il demande la baisse des prix des carburants et bloque les dépôts. Le mouvement dure jusqu’en novembre 2020 accompagné par la fermeture de lycées. Il revendique le mieux vivre, la démocratie réelle, l’abolition des privilèges. Il est réprimé avec une grande violence et une stratégie policière très offensive.

Le mouvement social contre la réforme des retraites en 2023 fait défiler dans les rues des millions de personnes pendant quatorze journées d’actions. Le gouvernement ne parvient pas à la faire voter au Parlement et l’impose par une procédure exceptionnelle. La répression policière est très violente et des centaines de personnes sont gardées à vue.

Les manifestations écologistes contre les méga-bassines qui détournent les ressources en eau au profit des gros agriculteurs sont réprimées très violemment à Sainte Soline le 25 mars 2023.

Dans chaque pays, le mouvement ATTAC participe à la radicalité des nouveaux mouvements. Nous prenons l’exemple de la France avec particulièrement le mouvement féministe, le mouvement écologiste, le mouvement contre les discriminations et les racismes. Le mouvement féministe a investi le mouvement ATTAC dans pratiquement tous les pays. Les directions sont en général paritaires. En France, un collectif féministe issu d’Attac, les Rosies, sert de point de ralliement dans les manifestations. Le collectif fait référence à une icône pop, « Rosie la riveteuse », que beaucoup connaissent grâce à la célèbre affiche signée J. Howard Miller, We Can Do It!  (« On peut y arriver! »). Sur l’image, une femme en bleu de travail, fichu rouge à pois blancs montre les muscles. Le message est à prendre au premier degré : on peut le faire ! »

Pour l’écologie, nous avons déjà cité la ZAD Notre Dame des landes et les manifestations contre les méga-bassines de Sainte Soline. Dans ces mobilisations, on retrouve la convergence entre le social, l’écologie et la démocratie. La prise de conscience de l’urgence et l’incapacité des dirigeants à agir radicalise les mouvements. Le ministre de la police en France a compris l’enjeu, pour lui qui a la phobie des occupations auto-organisées, il s’agit d’éco-terrorisme !!  

La prise de conscience des discriminations et des racismes s’est accentuée dans tous les pays à l’exemple de Black Live Matters. Dans le mouvement des ATTAC, il y a une claire conscience que la décolonisation n’est pas terminée. L’indépendance des Etats n’était qu’une première étape, elle doit être suivie de la libération des nations et des peuples. D’autant, que le néolibéralisme réduit les marges de manœuvres des Etats et que nous sommes dans une phase de victoire des capitalismes dans le monde. Les Attac sont tous mobilisés sur les questions des racismes, des discriminations et des migrations.

Les ATTAC mènent aussi la bataille dans la théorie, contre le contrôle dictatorial imposé par les économistes néolibéraux sur l’enseignement de l’économie et des sciences sociales. Ils luttent contre l’idéologie managériale imposée comme une évidence. Ils s’appuient dans plusieurs pays sur des « économistes atterrés » qui luttent contre l’évidence néolibérale et qui rappellent l’importance des débats en économie sur la valeur et la monnaie.

Dans le mouvement des Attac, on retrouve trois générations de militants. Une première génération, qui tire sa culture de la décolonisation et des mai 1968. La seconde est celle des mouvements féministes et des forums sociaux altermondialistes. La troisième construit sa culture avec les mouvements de 2011. Elle s’exprime en référence aux zapatistes (démocratie, justice et liberté), aux jeunes iraniennes (femme, vie, liberté), au Rojava (femme, écologie, démocratie)

La situation politique, dans chaque pays et à l’échelle mondiale est marquée par une forte contradiction : une tendance à la montée des alliances entre les droites et les extrêmes droites qui occupe les scènes politiques et à l’opposé, la radicalité des mouvements sociaux, notamment les mouvements féministes, écologiques, antiracistes, des migrations, de l’antiracisme, des peuples premiers. ATTAC fait partie des mouvements qui peuvent participer à l’élaboration d’un projet commun des mouvements et au renouvellement de l’altermondialisme et de l’internationalisme pour inventer le monde futur.

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