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Attac livre – L’antiracisme vecteur essentiel de l’émancipation- 2p – 07.04.2016 – antiracisme, émancipation

Livre ATTAC
L’antiracisme vecteur essentiel de l’émancipation

Gustave Massiah
Membre du conseil scientifique d’ATTAC
Représentant du CRID au Conseil International du FSM
28 juillet 2016

Les mouvements sociaux et citoyens doivent renouveler leurs stratégies pour faire face à la montée des dangers et des forces réactionnaires et redonner sens à un projet alternatif d’émancipation. Ce livre y contribue en mettant en lumière les défis majeurs souvent ignorés ou pour le moins négligés. La convergence des mouvements est nécessaire pour répondre à la mondialisation capitaliste dans sa phase néolibérale et dans ses avenirs possibles. Le mouvement altermondialiste dans ses différentes formes et dans ses prolongements dans les nouveaux mouvements qui cherchent leurs voies depuis 2011 doit se renouveler en construisant une stratégie commune à partir de la diversité et de la convergence des stratégies des mouvements.

Dans de nombreuses sociétés et dans le monde, mais pas partout dans le monde, les idées de droite, conservatrices, réactionnaires progressent. Elles veulent imposer un récit du monde, relayé par une action écrasante de tous les moyens de communication comme le récit du seul monde possible. Cette poussée de la droite et de l’extrême droite est le résultat d’une offensive systématiquement menée dans plusieurs directions.

Elle a commencé par une offensive idéologique menée avec constance depuis quarante ans, qui a préparé le tournant néolibéral. Cette bataille pour l’hégémonie culturelle a porté d’abord sur trois questions : contre les droits et particulièrement contre l’égalité, les inégalités sont justifiées parce que naturelles ; contre la solidarité, le racisme et la xénophobie s’imposent ; contre l’insécurité, l’idéologie sécuritaire serait la seule réponse possible. La deuxième offensive est militaire et policière ; elle a pris la forme de la déstabilisation des territoires rétifs, de la multiplication des guerres, de l’instrumentalisation du terrorisme. La troisième offensive a porté sur le travail, avec la remise en cause de la sécurité de l’emploi et la précarisation généralisée, par la subordination de la science et de la technologie, notamment du numérique à la logique de la financiarisation. La quatrième offensive a été menée contre l’Etat social par la financiarisation, la marchandisation et la privatisation ; elle a pris la forme de la corruption généralisée des classes politiques. La cinquième offensive, dans le prolongement de la chute du mur de Berlin en 1989, a porté sur la tentative de disqualification des projets progressistes, socialistes ou communistes.

L’offensive de l’oligarchie dominante a marqué des points mais elle ne s’est pas imposée. Les points de vue qui prônent l’émancipation restent forts et il y a même de nouvelles contre-tendances. Les mouvements qui ont commencé en 2011 à Tunis restent vivaces et se renouvellent. Les mots d’ordre sont clairs ; il s’agit du refus de la misère sociale et des inégalités, du respect des libertés, de la dignité, du rejet des formes de domination, de la liaison entre urgence écologique et urgence sociale. D’un mouvement à l’autre, il y a eu des affinements sur la dénonciation de la corruption ; sur la revendication d’une « démocratie réelle » ; sur les contraintes écologiques, l’accaparement des terres et le contrôle des matières premières.

Dans plusieurs de ces mouvements, la gauche classique est battue en brèche et des courants de droite parviennent, quelquefois, à capter la contestation de l’ordre dominant. C’est ce qui arrive quand la gauche relaye les conceptions de la droite sur la précarité, les inégalités, l’identité, la sécurité, les discriminations, le racisme.

Le racisme et la xénophobie, bien alimentés, sont parmi les armes principales de la domination. La phase actuelle de la mondialisation capitaliste, le néolibéralisme, a fait exploser les inégalités. Les inégalités s’appuient sur les discriminations et les renforcent. Le racisme fait accepter les discriminations ; il fait aussi accepter la précarité, la pauvreté et l’exploitation. L’enjeu est double. Il s’agit d’abord pour limiter les résistances au capitalisme, de diviser les couches populaires et de rallier les couches moyennes. Il s’agit aussi de fermer les alternatives en remettant en cause la valeur de l’égalité.

L’hypothèse de ce livre est que l’antiracisme est une valeur positive fondamentale. Pour qu’il puisse jouer son rôle, il faut accepter de regarder ce qu’il a marqué dans nos sociétés et qui continue à les caractériser. C’est ce qu’on retrouve à travers les différents chapitres du livre : le sexisme ; la colonisation et la désaliénation des colonisateurs ; les migrants comme boucs émissaires, ainsi que les Roms ; la mémoire de l’esclavage et de la traite négrière ; le racisme sous toutes ses formes, anti-arabe, anti-maghrébin, islamophobe, antisémite ; la colonialité qui marque la nature de l’Etat ; la racialisation des politiques ; … Il ne s’agit pas de miasmes du passé qui n’ont que peu d’importance. Il ne s’agit pas non plus de contradictions secondaires qui disparaîtront d’elles mêmes après la libération économique. Il s’agit des contreforts et des arcs boutants qui font tenir le système dominant et qui le reproduisent.

Le projet d’émancipation est alternatif ; l’émancipation intègre et renforce les différentes libérations. L’orientation stratégique est celle de l’accès pour tous aux droits fondamentaux qui nécessite la co-construction d’un nouvel universalisme. Des bouleversements profonds, fondamentaux, cheminent dans nos sociétés. La révolution des droits des femmes qui progresse au delà des résistances terribles. La révolution des droits des peuples qui est confrontée à la deuxième phase de la décolonisation, celle du passage de l’indépendance des Etats à la libération des peuples. La révolution écologique fonctionne comme une révolution philosophique qui redéfinit l’émancipation. D’autres libérations se préparent à occuper la scène de l’émancipation.

Ce livre ne présente pas une énumération en vue d’une addition. Il propose une réflexion à partir de la parole des premiers concernés. C’est un exercice de démocratie qui participe à son renouvellement. Une étape indispensable pour découvrir et inventer de nouveaux chemins.

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