Groupe de travail Coopération
Bilan de la Coopération
Notes pour le débat du 6 avril 2022
Gustave Massiah
31-03-2022
Quelques réflexions :
Quel est l’intérêt de faire le bilan de la coopération, et particulièrement de la coopération française
Comment définir l’évolution des notions et propositions de coopération et de développement
Première réflexion, l’histoire pour éclairer le futur ; on part du présent en explorant les hypothèses pour le futur et on retourne dans le passé pour comprendre comment les tendances se sont formées.
Nous sommes intéressés par l’histoire de la coopération parce que plusieurs d’entre nous y ont participé. Mais, dans notre groupe composite, nous ne l’avons pas vécu de la même manière et nous n’en attendons pas les mêmes choses.
Parmi les hypothèses :
– l’histoire de la coopération permet d’éclairer l’histoire : de la société française et/ou de l’Etat français ; de l’histoire de l’Afrique ; de l’histoire du monde
– l’histoire de la coopération permet d’éclairer les rapports entre les pays décolonisés, et notamment l’Afrique, et la France ; leur passé ; leurs avenirs possibles
– l’histoire de la coopération permet de mieux comprendre la décolonisation ; l’histoire des indépendances ; les rapports de forces internationaux et l’actualité de la colonialité
– l’histoire de la coopération permet de mieux définir la coopération et le partenariat ; les relations entre les sociétés
– l’histoire de la coopération permet de comprendre les relations internationales et leurs évolutions ; les institutions de Bretton Woods (Banques mondiale, FMI, OMC) ; les institutions des Nations Unies ; la multipolarité ;
– l’histoire de la coopération permet de définir le développement, la transformation des sociétés
– l’histoire de la coopération permet de mieux comprendre les acteurs de transformation : Etats ; entreprises et institutions financières ; associations, mouvements, ongs
– l’histoire de la coopération permet de mieux comprendre la mondialisation ; l’altermondialisme
Dans chacun de ces cas, l’histoire le la coopération est contradictoire, même si en fonction des époques et des situations, il y a des tendances dominantes. Et la question porte, à chaque fois, sur la contradiction entre les surdéterminations et les autonomies.
Dans cette démarche, une périodisation, ou plusieurs périodisations, permettent d’éclairer les hypothèses et d’articuler les déterminations.
Dans cette démarche historique, il faut aussi mettre en évidence les hypothèses de ruptures. Dans la situation actuelle, deux types de ruptures sont à prendre en compte.
Les ruptures dans la conception du développement. Elles sont tellement importantes qu’elles remettent en cause la notion même de développement telle qu’elle a été longtemps admise , celle de la croissance des forces productives. Le développement privilégiait dans l’évolution les transformations économiques et sociales. C’est l’irruption de l’écologie qui bouleverse les conceptions à partir de l’importance du rapport entre la Nature et les espèces, particulièrement l’espèce humaine. Il faut aussi prendre en compte l’importance du politique, et de ses dimensions idéologiques et culturelles, et notamment l’importance de la représentation et de la démocratie dans l’évolution des sociétés.
(voir, repenser le développement pour repenser la solidarité internationale, gm, mai 2019)
Les ruptures dans la coopération sont aussi considérables. Elles sont portées par les crises successives des quinze dernières années. A partir de 2008, la crise du néolibéralisme, comme phase de la mondialisation capitaliste se traduit par une réponse « austéritaire », combinant austérité et autoritarisme. La crise écologique est aujourd’hui patente et la période est marque par la prise de conscience de cette crise. La crise pandémique a mis en évidence la fragilité des équilibres mondiaux. L’accentuation des guerres et des militaires est venue rappeler la prégnance de l’équilibre nucléaire. La dimension géopolitique s’est réimposée autour de la discussion sur un monde à deux, trois ou quatre blocs, ouvrant la discussion sur la multipolarité qui détermine la réflexion sur la coopération et les institutions internationales.
(voir, le rôle de la pandémie et du climat dans la crise de civilisation, gm, juin 2020)
Projet d’ouvrage commun « 60 ans de coopération » [1]
Notre objet central, c’est un bilan critique de l’histoire de la Coopération au développement entre la France et l’Afrique.
Encore faut-il définir ce que l’on entend par « coopération » et par « développement ».
(Partie à développer par Gus et Kako)
Notre objectif n’est pas d’écrire l’histoire de la coopération en tant que tel, mais d’explorer le passé pour répondre aux questions actuelles sur l’avenir : dans l’avenir, que considérons nous comme coopération internationale (relations entre les peuples) et comme développement (formes et modes des transformations sociales) ? Puiser dans le passé historique pour répondre à ces questions, contribuer à la réflexion sur les nouvelles formes que devraient prendre ces coopérations internationales
Pour que les jeunes puissent construire un avenir, il faut mener un bilan critique de l’histoire.
Avec une date butoir, par exemple 2020. Nous nous opposons à une approche « faisons table rase du passé » qui a trop souvent été utilisé dans le passé pour proclamer un nouveau paradigme dans ces relations franco-africaines qui est resté essentiellement au niveau du discours.
Le contexte
Nous vivons un moment crucial / critique de relation entre la France et l’Afrique, avec un extrême polarisation entre nationalistes xénophobes d’un côté, prônant des replis identitaires, et radicalisme anti impérialiste d’extrême gauche interprétant tout en terme de domination/ soumission. C’est aussi l’opposition entre ceux qui ont une position ultra critique, comme Survie, et ceux qui veulent absolument défendre la France et son système de coopération.
Positionnement de l’ouvrage
Importance dans ce contexte d’un espace de réflexion intermédiaire et de dialogue entre « des gens de bonne volonté », ayant des sensibilités et des histoires personnelles diverses, pour préparer la suite. Cet ouvrage doit faire preuve d’ honnêteté intellectuelle, du sens de la nuance, et adopter le principe du regard partagé. Il doit mobiliser et faire participer plus largement les intellectuels africains.
En terme de contenu de cet ouvrage, nous posons plusieurs principes :
- La coopération au développement est l’un des éléments des relations franco-africaines, qui se situent elles- mêmes dans le contexte géopolitique des relations internationales au niveau mondial. Il ne s’agit donc pas d’ignorer les relations entre ces différents systèmes/ niveaux, mais de les prendre en compte sans perdre de vue notre objet central.
- Il faut analyser l’ensemble de la nébuleuse des acteurs et thèmes concernés, notamment les acteurs politiques, économiques et sociaux, ne pas se focaliser sur les instances de l’État de manière non critique.
- La distinction entre France et État français est Qui contrôle l’État, quels sont les groupes de pression, quel rôle du secteur privé, une analyse plus fine est nécessaire (comme le fait Bayard sur les États africains, mais de manière asymétrique)
- Il ne s’agit pas de se limiter à l’étude de l’histoire des institutions publiques en charge de la coopération, mais bien d’élargir l’analyse en prenant en compte le secteur privé , la coopération décentralisée, la migration, le secteur privé, etc..
- Dans l’analyse, il faut aussi mêler/ intégrer autant que possible les aspects politiques et économiques. Ceci peut se faire en travaillant sur des secteurs/ thèmes précis (par exemple la dette, l’aviation civile (droits de trafic, gestion des aéroports), les ressources minières et énergétiques…)
- Une analyse quantitative des flux économiques et financiers (pas seulement ceux de l’APD, mais en les détaillant aussi) est utile pour bien intégrer et objectiver la dimension économique
- Il faut rendre compte à la fois de la continuité et des changements profonds qui se sont produits durant cette période. Certains changements sont graduels (par exemple la part des investissements français en Afrique), d’autres sont précisément datés (par exemple la d’évaluation du CFA et l’alignement de la France sur le consensus de Washington). Une description de l’histoire en terme de périodisation est donc trop simplificatrice et ne devrait pas forme la trame de l’ouvrage. Pour autant, une comparaison systématique début/ fin de la période étudiée est indispensable pour bien appréhender les changements.
En terme de structure de l’ouvrage, nous devons adapter notre projet à nos capacités objectives. En tant que groupe informel, sans ressources propres, basé sur le volontariat et l’engagement personnel des membres nous devons tenir compte des intérêts de chacun, chercher à valoriser les travaux déjà réalisés, tout en identifiant de nouveaux thèmes indispensables que nous pourrons traiter dans les prochains mois, afin d’aborder tous les points de fond cités ci- dessus.
La proposition est de viser d’ici la fin 20021 un ouvrage qui ne prétende ni l’exhaustivité mais ne soit pas non plus une collection d’articles disparates, un ouvrage « entre les deux : une structure par grands chapitres autour des questions que nous débattons actuellement, avec des introductions produites collectivement, et en intégrant dans ces chapitres des travaux que nous avons déjà réalisés ou que nous réaliserons prochainement, à titre d’illustration, même s’ils ne couvrent pas tous les aspects.
[1] Cette ébauche a été rédigée sur la base du CR du dernier Copil et des papiers introductifs qui avaient été présentés. En jaune les citations extraites du CR.
