FSM DAKAR
SOLIDAIRES
Gustave Massiah
20-03-2011
1 – Le FSM s’est tenu à Dakar en février dernier. Onze années se sont écoulées depuis le 1er FSM tenu à Porto Alegre. Est-ce toujours un événement pertinent ?
Il y a onze ans, les mouvements sociaux et citoyens ont inauguré une nouvelle form e de réponse à la phase néolibérale de la mondialisation capitaliste. Cette question est toujours d’actualité. Après Seattle, la construction d’un espace autonome de rencontre des mouvements pour inscrire la dimension mondiale dans leurs analyses et leurs mobilisations a pris la forme du FSM. Cette préoccupation est toujours d’actualité.
Le processus des forums est interpellé. La question de son essoufflement ou de son dépassement est continuellement posée, et c’est bien naturel. Je l’ai entendu pour la première fois dès le deuxième forum ! Et pourtant, le processus s’adapte et se renforce. Ainsi, en 2010, il y a eu 55 événements qui ont choisi de s’inscrire dans lke processus. Notamment le Forum social des Etats-Unis, le Forum Mondial de l’éducation en Palestine et onze événements dans la région Maghreb-Machrek dont un en Egypte en novembre 2010. Le Forum a vibré avec les mouvements populaires en Tunisie et en Egypte et s’est reconnu dans ces nouveaux espoirs.
Pour autant, le processus des forums n’est pas une fin en soi. Il n’y a aucune prétention d’exclusivité Tous les prolongements sont possibles, toutes les initiatives sont souhaitables, à partir du processus ou en dehors de lui. Pour répondre à la mondialisation capitaliste, le processus des forums n’est certainement pas suffisant, mais pour l’instant il reste nécessaire et très vivant.
2 – Quels sujets ont été au cœur de ce FSM de Dakar ?
Le Forum de Dakar a confirmé qu’un nouveau cycle des forums est ouvert depuis le Forum social mondial de Belém en 2008. La crise de la mondialisation capitaliste est admise et reconnue. De retrouver à l’agenda du G20 les propositions défendues dans les forums depuis dix ans, comme par exemple la suppression des paradis fiscaux, les taxes sur les transactions financières, le contrôle de la finance, est une validation et une reconnaissance de la démarche des forums. De savoir qu’elles ne seront pas mises en œuvre et qu’elles seront retournées pour consolider les intérêts dominants est difficile à supporter et interpelle les mouvements qui les ont porté.
A Belém, trois avancées avaient permis de répondre à ces nouveaux défis : l’approfondissement des analyses sur la crise de la mondialisation et l’accent mis sur les crises monétaires ; la mise en avant de la dimension écologique reliant les dimensions écologiques avec les dimensions sociales et géopolitiques. La crise du néolibéralisme s’inscrit dans une crise de la mondialisation capitaliste. L’approche qui a été portée par de nombreux mouvements et notamment ceux des peuples indigènes de l’Amérique andine a ouvert le débat sur la crise de civilisation et la discussion du sens du progrès et de la modernité dominante.
Le Forum de Dakar a repris ces discussions et, à partir de mouvements qui ont accru leur présence, a mis en avant de nouvelles approches. Nous pouvons déjà en identifier cinq : la question des migrations et des diasporas ; l’accaparement des terres et les nouvelles formes de colonisation qui se développent particulièrement en Afrique ; la question écologique approfondie à partir de l’exploitation des matières premières, des guerres qui en résultent et de l’épuisement des ressources naturelles ; les mouvements d’habitants et les mouvements urbains qui ont organisé dans les quartiers populaires l’Assemblée mondiale des habitants. Enfin, les mouvements de femmes ont imposé leur présence ; ils ont montré leur maturité et leur implication dans toutes les mobilisations.
3 – Quelles perspectives en sont issues ?
Plus de mille activités autogérées portées par des mouvements ont consolidé l’espace de discussion. Elles ont été suivies par trente huit assemblées de convergence pour l’action, elles aussi autogérées, qui ont travaillé sur des agendas de mobilisation. Près de trente déclarations en sont issues. Car si personne ne peut parler au nom de tout le monde et s’il n’y a donc pas de déclaration du forum, tout le monde peut parler à partir du forum et la constitution de coalitions pour l’action sont encouragées. Parmi celles-ci, plusieurs mobilisations internationales sont engagées : par rapport aux sommets du G8-G20 en 2011, et en 2012, pour le Forum alternatif de l’eau à Marseille et pour le Forum alternatif de Rio+20 à Rio.
