Gustave Massiah et le Cedetim
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Auteur : Vincent Gay, sociologue, université Paris-Cité
Né en Égypte en 1938, au sein d’une famille de la petite bourgeoisie égyptienne, Gustave Massiah passe son baccalauréat au lycée français du Caire, avant d’intégrer une classe préparatoire en mathématiques à Versailles. Il adhère à l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), alors très engagée contre la guerre en Algérie. Il entre ensuite à l’École des Mines en 1959 où il participe à la création d’un Groupe d’action pour la paix en Algérie (GAPA). Membre d’un petit groupe politique, appelé Gauche, athéisme et socialisme, il s’engage également contre l’extrême-droite. Une fois diplômé, Gustave Massiah souhaite mettre ses compétences au service des pays nouvellement indépendants, d’abord en Algérie en 1962, puis au Sénégal. Il y crée un comité Vietnam-Sénégal en 1965, pour développer des actions de solidarité avec le peuple vietnamien. Dans la même période, parmi des coopérants se créent d’autres groupes du même type, qui peu à peu se coordonnent, sous l’égide de Manuel Bridier, dirigeant du PSU. Cela aboutit à la création en septembre 1967 du Centre socialiste de documentation et d’études sur les problèmes du tiers monde (Cedetim), dont Gustave Massiah devient le secrétaire général. Cette association est f alors présente en Amérique Latine, en Asie et surtout en Afrique. Il intègre par ailleurs la Direction politique nationale du PSU. Après 1968, le Cedetim devient un réseau plus souple, qui permet d’éviter la répression, et affirme son orientation anti-impérialiste ; il se rebaptise d’ailleurs « Centre d’études anti-impérialistes » en 1969. Au sein du PSU, Gustave Massiah participe à la tendance Gauche ouvrière et paysanne (GOP), qui fonde ensuite une organisation autonome du même nom en 1974.
Ayant quitté le PSU, Gustave Massiah s’investit d’autant plus au Cedetim qui crée alors un journal, Libération Afrique, à la demande de six mouvements anticoloniaux. Il est très présent dans les comités de soutien aux peuples en lutte de différents pays, particulièrement d’Afrique et d’Amérique latine. Gustave Massiah commence également à nouer des liens avec des militants immigrés, notamment Sally N’Dongo, fondateur de l’Union générale des travailleurs sénégalais en France (UGTSF). La question immigrée devient alors très importante dans son activité, et il contribue avec ses camarades du Cedetim à lancer une école des cadres des mouvements immigrés en 1971, en lien avec plusieurs associations d’immigrés venus d’Afrique subsaharienne, de la Réunion, du Portugal, d’Espagne, des Antilles, du Maroc, d’Algérie et de Tunisie.
Gustave Massiah participe également à la création des Comités unitaires français – immigrés (CUFI) qui cherchent à rassembler des immigrés de diverses nationalités et des Français. Le premier comité apparaît en 1972 pour lutter contre les circulaires Marcellin-Fontanet qui durcissent les conditions de séjour des immigrés. Les CUFI sont très présents dans le soutien à la grève des loyers des résidents des foyers de la Sonacotra dans la seconde moitié des années 1970. Gustave Massiah est alors chargé du comité de soutien technique, localisé à l’école d’architecture de Paris La Villette, où il enseigne depuis 1969.
Cet activisme en soutien aux immigrés se double d’un engagement politique. Après la sortie du PSU, Gustave Massiah continue d’être membre de la GOP, puis de l’Organisation communiste des travailleurs (OCT), jusqu’à la fin de la décennie. Mais cet engagement partidaire cesse lorsque des crises internes conduisent à la fin de l’OCT.
Tout en s’éloignant du militantisme à l’extrême gauche, Gustave Massiah poursuit son engagement, notamment en fondant et en présidant l’Association internationale des techniciens, experts et chercheurs (AITEC), en vue de fournir une expertise pour les mouvements sociaux, en particulier concernant les questions de développement, de commerce international, de rapports Nord-Sud. L’AITEC fera ensuite partie des membres fondateurs d’Attac en 1998, dans lequel Gustave Massiah joue un rôle important, notamment à travers le Conseil international du Forum social mondial.
L’engagement dans la cause immigrée se poursuit par l’intermédiaire du Centre international de culture Populaire (CICP), créé en 1976 afin d’héberger les collectifs et associations de solidarité internationale. Gustave Massiah et le Cedetim y accueillent différents groupes militants tels que le Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB), le comité national contre la double peine, le troisième collectif de sans-papiers. Puis il contribue au sein du mouvement altermondialiste au lancement du Forum Social Mondial des Migrations en 2004.
Sources
Entretien avec Gustave Massiah, juillet 2023
Cedetim, Les immigrés. Contribution à l’histoire politique de l’immigration en France, Paris, Stock, 1974.
Jean Péaud et Gilles Morin, Notice de Manuel Bridier dans le Maitron, version mise en ligne le 20 octobre 2008, https://maitron.fr/spip.php?article17940
Abderrahim Zerouali, « Le Cedetim, de la “coopération rouge” à l’altermondialisme », in Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), La Découverte, Paris, 2008, pp.559-566.
