Hommage
Pour Bernard Ravenel
Gustave Massiah
27 janvier 2023
Bernard Ravenel est inséparable de l’histoire du PSU. Il avait été, à vingt ans, en 1956, membre du Parti Communiste et l’avait quitté la même année après l’intervention de l’Armée Rouge à Budapest. Il adhère au PSU à sa création en 1960, et y restera jusqu’à sa dissolution en 1989. Il a été membre de son Bureau National à partir de 1972, responsable international de 1974 à 1984, secrétaire national adjoint à la fin des années 1970. Il n’est pas seulement un militant et un dirigeant du PSU, il a aussi été un de ses principaux historiens, notamment avec son livre « Quand la gauche se réinventait. Le PSU, histoire d’un parti visionnaire, 1960-1989, Paris, La Découverte, 2016 ».
L’histoire du PSU, son ADN, se confond avec l’élément déterminant de la période, la décolonisation. Le PSU en est né avec l’engagement de ses composantes contre la guerre d’Algérie et en soutien aux luttes de libération nationale. Bernard va participer à tous ces combats, l’Algérie, le Vietnam, l’Afrique du Sud, les colonies portugaises. Il va les prolonger jusqu’à aujourd’hui avec la Palestine ; il sera pendant neuf ans président de l’AFPS il présidera aussi la Plateforme des ONG avec la Palestine et participera au Tribunal Russell sur la Palestine en 2009.
Bernard contribuera à la compréhension du PSU pour qui la décolonisation ne s’arrête pas avec l’indépendance des nouveaux états. Le PSU a l’intuition dès le début des limites de la stratégie qui donne à l’Etat le rôle essentiel dans la transformation sociale. Il explore d’autres voies. Il avance l’autogestion, soutient l’économie sociale et solidaire, le mouvement associatif, l’ouverture syndicale. Il propose de décoloniser la province et travaille avec les mouvements basque, breton, catalan, corse et réfléchit aux limites de l’Etat-Nation et à l’émergence des états plurinationaux. Il donne toute sa place au local qui est une référence majeure du PSU.
Le PSU s’inscrit dans le mouvement d’idées qui prépare mai 68. Il est traversé par les débats qui en Italie, en Allemagne, aux Etats Unis agitent les milieux universitaires. Il participe aux convergences entre les mouvements étudiants et les mouvements ouvriers, soutient les mouvements en Amérique latine, en Afrique, en Asie, en Tchécoslovaquie. Bernard qui vient de Tribune du Communisme y participe pleinement, naturellement. Le PSU joue un rôle déterminant dans l’UNEF et le SNESUP qui vont permettre et faciliter le rapprochement avec le mouvement syndical ouvrier. Bernard a présidé dès 1962 l’association des résidents d’Antony et les engagements dans la lutte contre l’OAS.
Mai 68 a été une seconde naissance pour le PSU. Bernard a témoigné de la tentative pour le PSU de créer un parti révolutionnaire et il a participé au débat idéologique intense sur le contenu d’un socialisme révolutionnaire moderne dans un pays capitaliste avancé comme la France. Le PSU joue un rôle déterminant dans les luttes et les mobilisations de la période 1973 à 1979. C’est la lutte des paysans du Larzac, avec Bernard Lambert. C’est la lutte des ouvriers de LIP animée par des militants PSU et CFDT qui occupent leur usine et relancent la production en autogestion, en liaison avec Alain Desjardins et la commission entreprise du PSU. C’est le comité de soutien à la lutte révolutionnaire du peuple chilien en 1974. Ce sont aussi les manifestations contre le nucléaire. Bernard a participé à toutes ces luttes..
Après le départ en 1974 d’une partie du PSU vers le Parti Socialiste, Bernard Ravenel va jouer un rôle encore plus direct dans la direction du PSU. Il participera à l’activité du PSU dans les luttes antimilitaristes et écologistes. Il multipliera les rencontres internationales. Il a milité au MDPL (Mouvement pour le désarmement la Paix et la Liberté) et en a été le président. Il a participé à la création du CODENE (Comité pour le Désarmement en Europe) 1980.
A partir de 1984 c’est la fin d’une période et le début de la fin du PSU. Bernard le pressent. Le PSU ne vieillira pas, il décide de se dissoudre à l’âge de ses trente ans, en 1989. Le néolibéralisme triomphant a eu raison de la tentative gouvernementale de transformation sociale après 1981. A partir de la fin des années 1970, avec la dette et les PAS (programmes d’ajustement structurels), commence une tentative de recolonisation des pays du Sud. C’est aussi la remise en cause de la forme parti, et de la stratégie qui enchaînait la création du parti et la conquête de l’Etat pour transformer la société. Bernard y est très sensible, nous en avons souvent discuté.
Le PSU n’a pas démérité et Bernard l’a bien illustré et l’a bien montré. Aucun événement, aucun mouvement ne laissait le PSU indifférent, ni en France ni dans le monde. Le PSU a milité pour plus de décentralisation, s’est engagé dans les luttes paysannes et dans les luttes des locataires et des usagers des transports. Il a soutenu et accompagné les mouvements qui portent aujourd’hui les nouvelles radicalités, les mouvements féministes, les migrants, les mouvements écologistes. Ce sont les mouvements sociaux qui construisent aujourd’hui le renouvellement de la transformation sociale, écologique, démocratique. Le PSU a aussi cherché à dépasser les limites des formes-parti. Sans parvenir à éviter les affrontements entre tendances, il a cherché à construire la démocratie dans un parti, l’ouverture sur les mouvements sociaux. Il a été aidé par sa propre histoire qui avait su organiser la convergence entre la gauche communiste, la gauche socialiste et la gauche chrétienne, ouvrir à la gauche écologiste et appuyer les luttes et les cultures des migrants de différentes origines. Il avait appris à unifier non pas en gommant les différences mais en s’enrichissant des diversités. Il a tenté de créer un espace démocratique agité, parfois violent, sensible à tous les nouveaux mouvements. Bernard Ravenel y a joué un rôle essentiel ; il y a pour sa part cultivé la non-violence et le non-alignement.
Après le PSU Bernard continuera de militer. Il présidera l’Association Française pour la Palestine, l’AFPS. Il continuera à animer des rencontres internationales, notamment dans le cadre euro-méditerranéen de Barcelone. Bernard continuera à être actif avec les anciens du PSU, il rejoindra l’ATS (les Amis de Tribune Socialiste) et présidera, à la suite de Michel Mousel, l’ITS (l’Institut Tribune Socialiste). Il sera présent dans les mouvements et dans l’altermondialisme et mènera une réflexion politique d’avenir avec son histoire du PSU et des textes importants sur la Méditerrannée.
Nous n’oublions pas Bernard Ravenel, ses convictions, son engagement, son écoute, sa bienveillance, sa modestie. Celle d’un militant qui sait que le pouvoir n’est pas de s’imposer, il est de convaincre et de donner l’exemple.
