Hommage à Bob Siné
Gustave Massiah
15-05-2016
Un coup redouté ! un coup attendu ! un coup très dur !
C’est sûr que tu seras toujours là, à scruter et regarder, on ne sait d’où,
ceux qui resteront, pour qu’ils continuent et qu’ils ne lâchent pas.
Il va falloir beaucoup inventer pour être à la hauteur de ta vigilance et de ton humour
et pour arriver à donner tant de joie
à ceux qui t’aiment parce qu’ils te connaissent
et à ceux que tu ne connaissais pas
et qui t’ont aimé avec tout ce que tu leur a donné par tes dessins et tes apostrophes.
Gus Massiah
Bob,
Tu nous as beaucoup appris
Et tu n’as jamais cessé de nous apprendre et de nous surprendre.
Tu savais appeler un chat, un chat
et de milles manières !
donner de l’humanité aux chats
Et tu savais appeler un salaud, un salaud
et traquer, chez les salauds,
la laideur et le manque d’humanité.
Avec ta colère constante, têtue et étonnamment tranquille,
tu savais voir dans toutes les résistances
les espoirs et les promesses.
Et tu excellais à les montrer
en retournant et en truquant la loupe grossissante des médias.
Tu as su voir et montrer
que dans les luttes des peuples
en Algérie, à Cuba, au Vietnam, en Palestine
et partout dans le monde,
se jouait et se joue encore l’avenir de l’Humanité.
Et tu enrageais du prix que les salauds
font payer aux peuples pour leur libération.
J’ai eu la chance de vraiment te rencontrer
en 1989 quand Mitterrand invitait le G7 à Versailles.
En réponse, la manifestation à la Bastille, avec Renaud et Perrault,
dans une somptueuse mise en scène de Catherine,
qui avait déployé son subtil alliage, à la fois discrète et omniprésente.
Trente ans après, le mot d’ordre :
« dette, apartheid, colonies, ça suffat comme ci ! »,
que tu avais illustré,
est toujours tristement d’actualité !
Depuis, comme tant d’autres, je ne me suis jamais lassé
de ta niaque exceptionnelle, surprenante et insatiable.
C’est dans les luttes contre les injustices, contre l’inacceptable,
que se font les plus belles rencontres.
Tu as été, Bob, pour tous ceux qui t’ont connu directement,
ou à travers tes dessins et tes écrits,
une de nos plus magnifiques rencontres.
Gustave Massiah
