Hommage à Jacques Bugnicourt
Gustave Massiah
Avril 2002
Jacques Bugnicourt était un homme merveilleusement dérangeant. Il savait mettre ses passions au service de ses convictions. Toujours en mouvement, il adorait batailler dans les endroits les plus inattendus. Il faisait l’hypothèse de la bonne foi de ses interlocuteurs, persuadé que la misère ne pouvait laisser personne indifférent, acceptant de jouer la naïveté pour convaincre. Apparemment modéré dans ses argumentations, il n’hésitait pas à aller jusqu’à la rupture dans ses prises de position.
Déjà, à l’Ecole Nationale de la France d’Outre Mer, dans le saint des saints de la « colo », il signe en 1956, avec deux ou trois autres élèves un brûlot, un texte intitulé « l’empire colonial est mort », et s’affronte avec son camarade de parti, Gaston Defferre, ministre des colonies, qui prépare la loi-cadre qui va créer les frontières du pré-carré africain. Il va, avec Michel Rocard, engager les jeunesses socialistes dans le refus de la guerre d’Algérie, organiser la scission de la SFIO et participer à la construction du PSU. Il participe aussi, à partir de 1965, à la création du CEDETIM.
La rencontre avec l’Afrique, une passion totale, changera sa vie. Pour lui, l’Afrique c’est celle des quartiers populaires, du « petit peuple » urbain et paysan. Il fera preuve d’une initiative et d’une intuition continuelles. Dès la fin des années soixante, il imagine une ONG du Sud, qui travaillera contre la pauvreté, pour l’environnement, avec la participation des habitants des quartiers des villes et des villages. Dès le départ, l’ENDA avait déjà de l’avance !
Jean Yves Barrère et Gustave Massiah
CEDETIM
