Jacques Sauvageot, l’élégance de l’engagement et de la pensée
Gustave Massiah
4-11-2017
Le départ brutal de Jacques Sauvageot nous a laissé désemparés. Je voudrais rappeler trois périodes d’une vie engagée et marquante.
En mai 1968, il est projeté en pleine lumière. Il est un des trois porte-paroles d’un mouvement nouveau et extraordinaire, avec Daniel Cohn Bendit qui avait lancé le mouvement du 22 mars et Alain Geismar, secrétaire général du SNESUP. Lui, était entré en 1967 au Bureau de l’UNEF et au PSU. Il avait perçu tout ce qu’il y avait de nouveau dans la culture politique, notamment le refus de la hiérarchie, qui s’était exprimée et dont nous mesurons aujourd’hui la nouveauté et l’importance. Il avait permis à l’Unef de jouer un rôle essentiel pour accompagner le mouvement, renforcer les avancées et éviter les dérives. Il avait contribué à faire comprendre au PSU qu’il fallait dépasser les tentations d’avant-garde pour s’investir dans le renouvellement de la culture politique à travers l’autogestion et la création culturelle. Il avait partagé l’espoir d’une gauche ouvrière et paysanne, après le PSU et jusqu’à la tentative manquée d’une organisation communiste des travailleurs en 1977.
Après 1973, installé près de Nantes, après divers emplois hors de sa qualification, il a été vacataire à l’École des Beaux-Arts d’Orléans ; il intervient aussi à celle de Nantes. Devenu contractuel en 1975, il y enseigne l’histoire de l’art. En 1979 son poste est titularisé. Il met en place une galerie d’art contemporain au sein de l’École permettant aux élèves d’exposer et de se confronter aux artistes reconnus qu’il invitait par ailleurs. En 1989 sur concours il prend la direction de l’École des Beaux-Arts de Rennes, poste qu’il occupe jusqu’à sa retraite en 2009. Il s’absorbe totalement dans ce travail, élargissant le champ des études, des disciplines proposées à l’École. Il y crée là aussi une galerie d’exposition. Toujours avec le souci du collectif, d’avancer ensemble, il initie la coordination des différentes écoles de Beaux-Arts en France en vue des changements nécessaires. Ce qui aboutit à la création de l’Association des directeurs des Écoles de Beaux-arts, qu’il préside, dont il accompagne la transformation et où il bataille fermement pour l’évolution des études. Avec un souci très vif du devenir professionnel des étudiants et un regard curieux et sans complaisance sur l’art contemporain.
A partir de 2010, il s’installe au cœur de l’Histoire du PSU et s’investit dans l’Institut Tribune Socialiste. Il participe à la transformation de la rue de Malte en un centre de débat politique, Le Maltais Rouge. Il revendique pour cette histoire la volonté de participer à la naissance d’une nouvelle gauche radicale. Il était discret mais fortement présent. Il était d’une grande modestie. Je me souviens d’un jour où il m’avait demandé de le mettre en contact avec une dirigeante syndicale, qui avait connu mai 68, et où il me dit « tu pourras lui dire que je vais l’appeler, car, après tout, elle ne me connait pas ! » Jacques fréquentait beaucoup la rue Voltaire, le CEDETIM et le CICP. La cigarette non allumée au doigt, comme dans les polars des années cinquante, il suivait les débats et les mobilisations. Il cherchait les contacts politiques avec les militants des nouvelles générations. Toujours curieux des débats et des idées nouvelles, il était très exigeant, et se méfiait des engouements en gardant sa pensée critique toujours en éveil et toujours à l’écoute. Apparemment sceptique, il illustrait parfaitement la proposition de Gramsci, attribuée à Romain Rolland, de l’alliance entre le pessimisme de la raison et l’optimisme de la volonté. Il faisait toujours montre d’une grande élégance de l’engagement et de la pensée.
Gustave Massiah, novembre 2017
La cérémonie aura lieu au Père Lachaise, le jeudi 16 novembre à 15H30
