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Le mouvement altermondialiste et l’AIT – 16p – 24.05.2014 – altermondialisme, mouvement

Le mouvement altermondialiste, les forums sociaux mondiaux et l’AIT

 

Gustave Massiah 24-05-2014

 

Le FSM n’est pas le point d’arrivée, mais c’est le moment actuel. Nous partirons du mouvement altermondialiste et du FSM pour identifier les défis et les questions qui se posent.

L’AIT n’est pas l’origine, mais c’est un moment particulièrement important et fondateur. Elle donne son sens politique au mouvement ouvrier qui joue un rôle symbolique et emblématique pour tous les mouvements sociaux contemporains. Revenir à la Première internationale, et à celles qui ont suivi, permet de réfléchir à ce que portent les mouvements actuels qui s’inscrivent dans l’invention de l’avenir.

La démarche historique retenue part du présent et des questions qui sont posées aujourd’hui. Ces questions concernent les défis qui s’imposent par rapport à l’avenir. C’est pour les comprendre qu’un retour sur le passé est nécessaire, pour comprendre comment ces questions se sont formées et quelles leçons tirer du passé. Nous partirons du mouvement altermondialiste et des défis pour l’avenir pour revenir sur l’AIT et l’interroger à partir des questions actuelles.

Première partie : huit hypothèses sur le mouvement altermondialiste et le processus des forums sociaux mondiaux en référence à l’AIT

Dans cette partie, on partira de quelques défis et caractéristiques du mouvement altermondialiste et des FSM, et on cherchera dans l’histoire de l’AIT quelques éléments de réflexion permettant de mettre ces questions dans une perspective historique.

Première hypothèse :

Le mouvement altermondialiste est le mouvement anti-systémique de la phase actuelle de la mondialisation capitaliste, la phase néolibérale.

Pour définir la situation, il faut partir des grandes contradictions qui sont à l’œuvre. La crise structurelle articule quatre dimensions : économiques et sociales, celle des inégalités sociales et de la précarisation ; idéologiques avec l’interpellation de la démocratie, l’idéologie sécuritaire, les poussées xénophobes et racistes, la corruption qui résulte de la fusion de la classe financière et de la classe politique ; géopolitiques avec la fin de l’hégémonie des Etats-Unis, la crise du Japon et de l’Europe et la montée de nouvelles puissances ; écologique avec la mise en danger de l’écosystème planétaire. La crise écologique est la dernière arrivée. Comme l’a explicité Fernand Braudel, l’organisation du monde est entrée en contradiction avec l’écosystème planétaire ; et c’est la première fois dans l’histoire de l’Humanité.

Comme l’ont rappelé les mouvements présents au FSM de Belém, en 2009, il s’agit en fait d’une triple crise emboîtée : une crise du néolibéralisme en tant que phase de la mondialisation capitaliste ; une crise du système capitaliste lui-même qui combine la contradiction spécifique du mode de production, celle entre capital et travail, celle entre les modes de la production et les modes de la consommation et celle entre les modes productivistes et les contraintes de l’écosystème planétaire ; une crise de civilisation qui découle de l’interpellation des rapports entre l’espèce humaine et la Nature qui ont défini la modernité occidentale et qui ont marqué certains des fondements de la science contemporaine.

En liant le refus du néolibéralisme à la remise en cause du capitalisme, le mouvement altermondialiste est dans la continuité de la Charte des principes de Porto Alegre qui précise dans son article 1 : Il se définit comme un espace de rencontre ouvert d’instances et mouvements de la société civile qui s’opposent au néolibéralisme et à la domination du monde par le capital et toute forme d’impérialisme (article 1 de la Charte des principes).

L’AIT se définit d’emblée comme un mouvement de contestation du capitalisme. La 1ère Internationale caractérise le capitalisme comme un système international et met en évidence l’importance du marché mondial. Elle affirme aussi que la contestation du capitalisme doit se situer à l’échelle mondiale. Le Manifeste du Parti Communiste, dès 1848, résume l’analyse de ce système et donne les éléments pour le combattre et le dépasser. De ce point de vue, c’est la première des références pour le mouvement altermondialiste et le processus des forums sociaux mondiaux.

Deuxième hypothèse :

Comme tout mouvement historique d’émancipation, le mouvement altermondialiste est un mouvement historique qui prolonge et renouvelle les mouvements historiques des périodes précédentes.

Le mouvement altermondialiste prolonge et renouvelle le mouvement des libertés civiles et politiques ; le mouvement ouvrier ; le mouvement pour les droits économiques, sociaux et culturels ; le mouvement des droits des femmes ; le mouvement paysan ; le mouvement de la décolonisation et des droits des peuples ; le mouvement des libertés démocratiques ; le mouvement écologiste ; le mouvement des peuples premiers. Ce sont ces mouvements que l’on retrouve dans les forums sociaux mondiaux.

L’AIT se réfère aussi à des mouvements historiques qui l’ont précédé. Explicitement, elle accorde une grande importance à la Révolution française de 1789 et 1793. Elle est aussi imprégnée de la révolution des nationalités de 1848. L’AIT inscrit sa démarche dans l’Histoire longue à partir des travaux historiques et philosophiques, et particulièrement des remarquables travaux de Marx et de Engels qui servent de soubassements à ses débats. Ce sont sur ces bases, sur ses prolongements et sur les nouvelles  que se situent les débats du mouvement altermondialiste.

L’AIT met en avant une nouvelle approche, une conception entièrement nouvelle. Elle s’appuie sur une analyse des classes sociales et ambitionne de construire la classe ouvrière en tant qu’acteur politique conscient et organisé.  Elle invente l’expression historique du mouvement ouvrier. L’AIT a inventé un nouveau chemin dans lequel s’inscrit le mouvement altermondialiste et le processus des forums sociaux mondiaux.

Troisième hypothèse :

Le processus des forums sociaux mondiaux participe à la construction des bases sociales du mouvement altermondialiste

Il y a un vrai débat sur les bases sociales de l’altermondialisme ? Elle renvoie à l’analyse de la structure des classes dans les sociétés actuelles et à l’échelle mondiale. La lutte des classes ne se réduit pas à l’affrontement entre la classe ouvrière et la bourgeoisie. La prolétarisation touche aujourd’hui toutes les couches sociales qui ne sont pas dominantes. Ce sont celles qui participent au mouvement altermondialiste. Ariel Salleh, qui se définit comme féministe, éco-socialiste et altermondialiste[1] introduit la notion de « méta-industrial workers », constituant une « meta-industrial class ». Elle désigne « les paysans, les mères, les pêcheurs et cueilleurs, qui sont en dehors de la sphère du capital et travaillent directement selon les cycles naturels et qui répondent aux besoins vitaux quotidiens de la majorité de la population du globe ». C’est la configuration que l’on trouve dans les forums sociaux mondiaux, constate Ariel Salleh. Les forums sociaux mondiaux peuvent donc, d’une certaine manière, se définir comme une manière de construire une base sociale, une alliance des différentes couches dominées qui seraient d’accord pour mener la lutte ensemble pour un autre monde ».

L’AIT a défendu une ligne claire en continuité avec son analyse de classes. C’est la classe ouvrière qui peut et doit mener la lutte contre le capital et c’est autour de la classe ouvrière que doivent se construire les alliances. L’AIT en affirmant la place de la classe ouvrière et en revendiquent son rôle, n’ignore pas la complexité des sociétés et l’existence d’autres classes et couches sociales. L’AIT est d’ailleurs confrontée à la question de l’unité de la classe ouvrière à partir de ses différentes composantes, les artisans d’un côté et les ouvriers de la grande industrie de l’autre.

Pour construire l’alliance de classes, l’AIT, et surtout Marx et Engels, mettent en avant l’idée que la classe ouvrière, dans sa lutte pour son émancipation, est porteuse de l’émancipation de toute la société.

La place de la classe ouvrière est toujours stratégique, mais la conception des alliances a beaucoup changé. L’alliance avec les soldats dans les soviets, la place des paysans dans la révolution chinoise, les bourgeoisies nationales dans les luttes de libération nationale l’ont largement démontré.

Le mouvement altermondialiste en mettant en avant la diversité avance que toutes les luttes contre l’oppression ont leur légitimité. Les luttes pour les droits des femmes ont servi de référence dans leur confrontation avec les luttes prioritaires. Par rapport aux révolutions du 18ème sur les droits politiques, du 19ème sur les droits économiques et sociaux, du 20ème sur les droits des peuples. Les mouvements de femmes ont affirmé que leurs droits n’étaient pas des contradictions secondaires et qu’elles ne les subordonneraient pas à d’autres. C’est la base de la diversité qui est une des caractéristiques des Forums sociaux mondiaux.

Quatrième hypothèse :

Le mouvement altermondialiste est défini par la convergence des mouvements sociaux et citoyens qui luttent contre les conséquences de la logique dominante

Le mouvement altermondialiste se construit dans la convergence des mouvements autour de quelques principes, celui de la diversité et de la légitimité de toutes les luttes contre l’oppression, celui de l’orientation stratégique de l’accès aux droits pour tous et de l’égalité des droits, celui d’une nouvelle culture politique qui relie engagement individuel et collectif.

A plusieurs reprises, la notion de mouvement se précise par rapport à celles des partis, des sociétés civiles et des peuples. En 1984, à Hiroshima, à l’invitation du mouvement social japonais, des mouvements asiatiques et des intellectuels proposent de lancer une alliance globale des peuples (Global alliance of people). Ils se posent la question de savoir qui va construire cette alliance. Vinod Raina, raconte en ces termes la réponse qui se précise dans ces débats : « Ce sont les mouvements qui construiront l’alliance des peuples. Ce ne sont pas les partis, ni les associations, ni les ONG, ce sont les mouvements sociaux et citoyens[2]. » Cette proposition va cheminer ; elle trouvera sa maturation et caractérisera les futurs forums sociaux mondiaux.

En 1989, bicentenaire de la Révolution française, le sommet du G7, reçu à Paris, est contesté par toutes celles et tous ceux qui voulaient se faire l’écho du « tiers état » de la planète. Cette contestation a fait suite à la mobilisation qui a accueilli l’assemblée annuelle du FMI et de la Banque mondiale, en 1988 à Berlin. Face à l’instrumentalisation du bicentenaire de la Révolution française, l’appel « Dette, apartheid, colonies, ça suffat comme ci ! » organise, à l’arrivée d’une manifestation syndicale et citoyenne, un concert géant à la Bastille. Les 15 et 16 juillet 1989, le « Premier Sommet des sept peuples parmi les plus pauvres », dénonce la philosophie même du G7 et prend son contre-pied.

En 1996, à l’appel des zapatistes, se concrétise une « Première rencontre intercontinentale pour l’humanité et contre le néolibéralisme » qui s’est tenue à Aguascalientes.

Un des défis posé au mouvement altermondialiste ce sont les nouveaux mouvements ! Depuis 2011, des mouvements massifs, quasi insurrectionnels,  témoignent de l’exaspération des peuples. Les révoltes des peuples ont un soubassement commun dans la compréhension de ce qu’est la crise structurelle officiellement admise depuis 2008. Ce qui émerge à partir des places, c’est une nouvelle génération qui s’impose dans l’espace public. Cette nouvelle génération construit par ses exigences et son inventivité, une nouvelle culture politique. Elle expérimente de nouvelles formes d’organisation à travers la maîtrise des réseaux numériques et sociaux, l’affirmation de l’auto-organisation et de l’horizontalité. Elle tente de redéfinir, dans les différentes situations, des formes d’autonomie entre les mouvements et les instances politiques. Elle recherche des manières de lier l’individuel et le collectif. Ce n’est pas un changement du rapport au politique mais un processus de redéfinition du politique.

Ces mouvements sont spontanés, radicaux, hétérogènes. Certains affirment que ces mouvements ont échoué parce qu’ils n’ont pas de perspective ou de stratégie et qu’ils ne se sont pas dotés d’organisation. Cette critique mérite d’être approfondie. Elle n’est pas suffisante quand on sait que le plus vieux de ces mouvement a trois ans. Les mouvements ne rejettent pas toutes les formes d’organisation ; ils en expérimentent des nouvelles. Celles-ci ont démontré leur intérêt dans l’organisation des mobilisations, la réactivité aux situations et l’expression de nouveaux impératifs. Même si la question des formes d’organisation par rapport au pouvoir n’est pas encore entamée et laisse un goût d’inachevé.

Les nouveaux mouvements marquent la transition entre les mouvements de contestation de la dernière phase du cycle ouvert par le néolibéralisme et les mouvements anti-systémiques de la phase à venir. L’hypothèse de travail est que les deux ensembles de mouvements vont participer à la mutation qui aboutira à la naissance des mouvements de la nouvelle période, à celle qui succèdera à la crise du néolibéralisme dont les issues ne sont pas encore déterminées. Les mouvements plus anciens de l’altermondialisme devront tirer les leçons de leurs avancées et de leurs limites.

L’AIT a regroupé des mouvements divers, des associations, des corporations, des mutualités, des syndicats, des formes primitives de partis. L’AIT a été le creuset d’unification de ces divers mouvements. C’est après la Commune et à partir de la 2ème Internationale que les partis vont devenir dominants dans l’Internationale.

Cinquième hypothèse :

Les Forums sociaux mondiaux sont ouverts à tous les courants politiques des mouvements qui composent le mouvement altermondialiste et qui acceptent les orientations de la Charte des principes

Les débats politiques dans le processus sont constants et divers. Une première distinction a séparé un temps une ligne « anti-néolibérale »  et une ligne « anticapitaliste ». Elle a perdu de son acuité avec une plus large acceptation de l’actualité du dépassement du capitalisme. Une deuxième distinction a séparé ceux qui voudraient se contenter d’un espace des forums et ceux qui souhaiteraient trouver d’autres formes de type « Internationale ». Elle a perdu aussi de son acuité depuis qu’il est admis que des prolongements possibles ne remettent pas en cause l’intérêt de l’espace des forums et la nécessité de leur mutation. Cette distinction se prolonge avec ceux qui donnent la priorité aux alliances nationales entre certains gouvernements et les mouvements sociaux de leur pays. Une troisième distinction tend à séparer les mouvements sociaux d’un côté et les ONG de l’autre. Cette distinction se heurte à la difficulté de séparer les mouvements sociaux de certains mouvements citoyens et des ONG ; et aussi au fait qu’il y a des ONG réformistes et des ONG radicales et qu’il y a aussi, dans les mouvements sociaux, des radicaux et des réformistes. Aucune de ces distinctions ne manque d’intérêt ou de pertinence, mais elles ne construisent pas une séparation entre deux lignes qui structureraient le débat politique des forums.

Au CI de Casablanca en décembre 2013, la discussion a porté sur la situation du processus ; elle reflète en fait le débat sur la situation des mouvements. En réponse à une prise de position qui considère que le FSM est devenu insignifiant, Tord Bjorg en partant de la situation en Amérique Latine estime que les mouvements y sont partagés entre cinq positions : la construction d’un espace ouvert aux mouvements et aux ONG ; la proposition d’une internationale avec des partis et des Etats à l’exemple du Venezuela ; la proposition d’un ensemble de mouvements sociaux radicaux proposé au Sommet accompagnant Rio+20 ; la proposition de Emir Sader dite par Tord « étatito-centrée » qui donne la priorité à la négociation entre les mouvements et leurs états ; les mouvements Black Blocs 2.0 comme à Rio. La discussion porte d’abord sur la stratégie des mouvements.

L’AIT a aussi mis en avant la diversité des courants politiques et s’est construite à partir de leurs débats et de leurs affrontements. On y retrouve dès le début, aux côtés des partisans de Marx et Engels[3], des blanquistes, des proudhoniens, des bakouninistes, des lassalliens, des mazziniens. Le débat oppose les marxistes, les anarchistes, les mutualistes et les réformistes. Avant la Commune, le débat principal va opposer les marxistes et les anarchistes, avec les proudhoniens d’abord et les bakouninistes ensuite. Il opposera ensuite les marxistes et les lassalliens autour du réformisme et de l’Etat Providence.

Ce principe de diversité est affirmé dès la Résolution du premier Congrès de l’Association Internationale des Travailleurs, en 1866 : « L’œuvre de l’AIT est de généraliser et d’unifier les mouvements spontanés de la classe ouvrière, mais non de leur prescrire ou de leur imposer un système doctrinal quel qu’il soit ». Marx, au sein de l’AIT défendra l’idée de construire l’unité autour d’une communauté d’action et non autour d’une communauté autour d’un programme fondé sur des principes théoriques. C’est sur cette question de communauté d’actions et de l’unité des luttes des mouvements que se situe le débat essentiel des Forums sociaux locaux. De ce point de vue, de grands progrès sont à faire.

Sixième hypothèse :

Le mouvement altermondialiste est porteur d’une nouvelle culture politique.

Cette nouvelle culture politique peut être caractérisée à partir de quelques propositions : La diversité des mouvements et leur convergence, les activités auto-organisées, la recherche de formes d’autorité qui ne reposent pas sur la hiérarchie, deviennent des références admises. Le processus des forums sociaux mondiaux se diffuse. La nouvelle culture politique imprègne les initiatives et les mobilisations bien au-delà du processus.

Cette culture politique s’est concrétisée dans l’organisation des Forums sociaux mondiaux. Le comité d’organisation est formé par les mouvements du pays d’accueil. Des propositions d’activités autogérées sont faites librement par les mouvements par internet. Un effort d’agglutination tente de faire converger les propositions proches. Ainsi, au FSM de Tunis en 2013, 5085 mouvements inscrits ont tenu 1200 activités autogérées. Les deux derniers jours des assemblées de convergence (34 à Tunis) regroupent les associations qui cherchent à définir des programmes d’actions et de mobilisations communes.

Dans ses pratiques, cette culture ne diffère pas tellement de celle de l’AIT. Elle ne résulte pas tant du débat entre les différents courants, marxistes, anarchistes et lassalliens. Elle résulte de la remise en cause de l’évolution à partir de la 2ème internationale et de la montée en puissance des partis dans les formes d’organisation des partis et des internationales. Comme l’expliquait Immanuel Wallerstein au Forum Social des Etats Unis à Détroit, si vous organisez une rencontre entre des partis politiques, il est normal que la discussion se fasse autour de schémas globaux, de lignes politiques, et vire à l’affrontement. Dans les Forums sociaux, on part de questions concrètes et on tente de remonter vers des analyses globales.

Cette nouvelle culture a repris certaines propositions, parfois contradictoires, des mouvements de la période 1967-73 qui ont mis en avant les libertés démocratiques à partir du refus des régimes autoritaires et dictatoriaux, d’une part, et de la remise en cause de la démocratie de marché associée au libéralisme.

Septième hypothèse :

Le mouvement altermondialiste est porteur d’une orientation stratégique, celle de l’accès aux droits et de l’égalité des droits ; il est porteur d’une nouvelle génération des droits

Dans les forums sociaux mondiaux, qui sont les moments majeurs du processus des FSM,  deux préoccupations sont présentes : la définition de mesures immédiates à imposer par rapport aux conséquences de la  crise sur les conditions de vie des couches populaires et la nécessaire définition d’une orientation alternative. Elles définissent la pensée stratégique, l’articulation entre la question de l’urgence et celle de la transformation structurelle.

Une orientation alternative s’est dégagée dans les forums sociaux mondiaux, c’est celle de l’accès aux droits pour toutes et tous et de l’égalité des droits, du local au planétaire. On peut organiser chaque société et le monde autrement que par la logique dominante de la subordination au marché mondial des capitaux. Les mouvements sociaux préconisent une rupture, celle de la transition sociale, écologique et démocratique. Ils mettent en avant de nouvelles conceptions, de nouvelles manières de produire et de consommer. Cette rupture est engagée dès aujourd’hui à travers les luttes, car la créativité naît des résistances et des pratiques concrètes d’émancipation qui, du niveau local au niveau global, préfigurent les alternatives. Les forums thématiques associés au processus approfondissent l’orientation stratégique, celle de l’égalité des droits et des mobilisations contre la logique du capitalisme. Ils portent et anticipent une nouvelle génération de droits (les « droits de la Nature », la liberté de circulation, la souveraineté alimentaire, …).

Dans l’AIT, la stratégie a aussi mêlé les questions de long terme et les préoccupations immédiates. La question des droits étaient présentes. Les statuts mettent en exergue la phrase, « pas de droits sans devoirs, pas de devoirs sans droits. De même, l’AIT va soutenir les luttes pour le suffrage universel, la réduction du temps de travail et contre le travail des enfants.

Le débat stratégique était particulièrement novateur. Ainsi par exemple du débat sur l’objectif d’égalisation des classes (Bakounine) ou d’abolition des classes (Marx). Les thèmes du débat stratégique structurent encore une partie des débats aujourd’hui : le rôle des partis, l’Etat, la transition.

Huitième hypothèse :

Le mouvement altermondialiste doit identifier et préciser les défis auxquels il doit faire face aujourd’hui

Le mouvement altermondialiste qui se définit au départ contre le néolibéralisme est confronté au temps long du capitalisme et de la civilisation occidentale. Il n’est pas toujours aisé de prendre du recul par rapport à la prégnance du néolibéralisme secoué mais toujours dominant. Le temps long des mouvements donne le recul nécessaire. Le mouvement ouvrier s’est construit depuis le milieu du 19ème siècle. Il a connu une période d’avancées de 1905 à 1970. Malgré les guerres et les fascismes, il a réussi des révolutions en Russie, en Chine et dans plusieurs pays du monde ; à travers son alliance avec les mouvements de libération nationale, il a quasiment encerclé les puissances coloniales ; il a imposé des compromis sociaux et un « Welfare State » dans les pays du centre capitaliste. Depuis le milieu des années 1970, s’est ouverte une période de quarante ans de défaites et de régressions du mouvement social dans les pays décolonisés, dans les pays qui avaient connus des révolutions et dans les pays industrialisés. Les bouleversements et la crise pourraient caractériser la fin de cette longue période de régressions, sans que l’on puisse définir précisément ce qui va suivre.

Une orientation alternative à la mondialisation capitaliste comporte plusieurs enjeux. Elle comporte l’enjeu d’une nécessaire démocratisation. Elle comporte un enjeu majeur, celui d’une nouvelle phase de la décolonisation qui correspondrait, au-delà de l’indépendance des Etats, à l’autodétermination des peuples. Elle met sur le devant de la scène les questions de l’épuisement des ressources naturelles, particulièrement de l’eau, du climat, de la biodiversité, du contrôle des matières premières, de l’accaparement des terres. Elle nécessite un renouvellement culturel et civilisationnel.

Les interrogations essentielles sur la démocratie et sur les formes d’organisation progressent à partir des luttes et des mobilisations, de la recherche de pratiques nouvelles et d’un effort continu d’élaboration. Une part de ce qui est nouveau cherche son chemin à l’échelle d’une génération et n’est visible qu’à l’échelle des grandes régions et du monde. C’est à cette échelle que se construisent de nouveaux mouvements sociaux et citoyens qui modifient les situations, et ouvrent la possibilité à de nouvelles évolutions.

Les enjeux de la nouvelle révolution se précisent : la définition de nouveaux rapports sociaux et culturels, de nouveaux rapports entre l’espèce humaine et la Nature, la  nouvelle phase de la décolonisation et la réinvention de la démocratie. Ce sont les défis du mouvement altermondialiste.

L’AIT a été capable de se dépasser de s’élever à l’échelle d’une histoire en train de se faire. Elle a permis à la classe ouvrière de se définir comme un acteur de cette Histoire et de contribuer à la changer. Le monde a changé et continue de changer, même si les fondements que l’AIT avait mis en évidence restent importants. La décolonisation, l’écologie, l’impératif démocratique introduisent de nouvelles nécessités. Il faut aussi faire la part des échecs sur la route de l’émancipation : le deuil des régimes issus de la décolonisation ; le deuil du soviétisme ; le deuil de la social-démocratie fondue dans le néolibéralisme.

 

Deuxième partie : l’héritage de l’AIT pour le mouvement altermondialiste

Le mouvement altermondialiste qui a émergé à la fin des années 1990 a souvent, et à juste titre, été qualifié comme un nouvel internationalisme. En cela il serait tentant de décrire une chronologie dans laquelle les luttes contre le capitalisme et toutes les oppressions et dominations auraient « progressé » au fur et à mesure de la construction des regroupements internationaux : AIT, appelée plus tard 1ère internationale par ceux qui se reconnaissaient dans les internationales suivantes, 2ème internationale ou internationale socialiste, 3ème internationale dans l’élan de la révolution russe, 4ème internationales constituées par les différents courants trotskystes puis mouvement altermondialiste et forums sociaux mondiaux nés avec le 21ème siècle.

Dans une telle chronologie, la 1ère internationale serait la mise en avant du prolétariat, seule classe capable de libérer l’humanité toute entière. La 2ème internationale serait celle du développement des partis de masse insérés dans leurs cadres nationaux, partis qui connurent leur apogée en Europe après la 2ème guerre mondiale, où ils furent le vecteur du « fordisme ». La 3ème internationale serait celle de la révolution d’octobre puis d’un modèle basé sur une économie étatisée et planifiée, modèle qui sera adopté par les pays dits socialistes après la 2ème guerre mondiale ; c’est aussi l’internationale qui a permis l’alliance du combat de la classe ouvrière avec celui de la libération nationale, à partir de la conférence de Bakou, la « conférence des peuples d’Orient » en 1920, qui permettra aux partis communistes d’être au cœur des luttes pour la décolonisation… La (ou les) 4ème internationale serait celle de la rupture avec le stalinisme  et sa dictature bureaucratiques.

Cette lecture formelle des internationales « appellations contrôlées » sous-estime, pour en rester à tout ce qui précédé l’émergence du mouvement altermondialiste, les regroupements de fait ou plus structurés, comme l’ont été particulièrement la mouvance des partis maoïstes après la rupture sino-soviétique de 1965, défendant la guerre populaire prolongée basée sur la paysannerie, le bloc des pays non-alignés qui s’est créé après la conférence de Bandoeng en 1955 et enfin l’OLAS, l’organisation latino-américaine de solidarité, puis la Tricontinentale créé sous l’impulsion de la révolution cubaine.

L’AIT, comme le mouvement altermondialiste, se construit dans une phase de mondialisation

Cette chronologie permet de pointer les grandes questions politiques et stratégiques auxquelles a été confronté le mouvement dans les 150 ans qui viennent de s’écouler. Mais elle gomme une question tout à fait centrale : l’AIT s’est constituée au cœur de la phase de mondialisation du milieu du 19ème siècle, et en cela elle a été confronté à des questions comparables à celles que doit affronter le mouvement altermondialiste alors que toute les autres internationales et regroupements internationaux se sont constitué dans des périodes où l’essentiel des leviers économiques des pays les plus importants restaient dans l’orbite des états-nations, ce qui va surdéterminer le cadre dans lequel les différentes forces du mouvement ouvrier vont développer leurs visions programmatiques et stratégiques.

Le cadre programmatique des partis et des internationales qui se forment à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle, à un moment où tout un ensemble de transformations et de mutations ont pris corps : déconstruction par palier de la première mondialisation et apparition d’un nouveau « stade » du capitalisme, l’impérialisme, analysé par Hobson, Hilferding, Rosa Luxembourg et Lénine ; rationalisation de l’organisation « scientifique » du travail dans les entreprises, le taylorisme ; émergence de syndicats et partis de masse, comme l’analysera Max Weber, et stabilisation, dans les pays avancés, d’une classe ouvrière concentrée dans les centres industriels ; construction, grâce à la vague d’inventions qui permettra la deuxième révolution industrielle, de grands réseaux techniques qui se développent de façon très centralisés, électricité, téléphone, etc. ;  suprématie de la stratégie clausewitzienne basée sur la recherche de la « bataille décisive » ; etc. Ce cadre programmatique s’est aussi appuyé sur des idéaux et des principes établis antérieurement mais qui sont entrés en application à une échelle élargie au début du XXème siècle ; idéaux et concepts hérités des lumières, mis en œuvre sous la forme particulière du vote majoritaire et de l’élection de représentants ; principes de l’ordre westphalien, où seuls les états peuvent être objets et sujets de l’ordre international.

Il est possible de résumer l’orientation des mouvements et partis se réclamant du socialisme, telle qu’elle s’est constituée au 20ème siècle, dans le contexte dont nous venons de rappeler les éléments principaux, en la séparant schématiquement en trois niveaux.

Une première étape : conquérir l’Etat pour nationaliser les moyens de production et d’échange et planifier l’économie

Tout d’abord l’objectif, le but de ces partis. Il s’agir pour eux de faire les premiers pas vers le socialisme, ce qui passe par la prise du pouvoir d’état et l’utilisation de cet outil pour réaliser l’appropriation collective des moyens de production et la planification de l’économie. La prise du pouvoir d’état impliquant le passage à un pouvoir de nature qualitativement différente, comme l’a théorisé Marx dans  »La guerre civile en France » et comme l’admettaient des socialiste tel que Léon Blum qui différenciait « l’exercice du pouvoir », voire son « occupation » face aux risques fascistes, de la « prise du pouvoir ». L’appropriation collective des moyens de production se traduisait, en pratique, en la nationalisation des grands groupes industriels et financiers qui – rappelons-le – étaient pour l’essentiel des groupes nationaux.

Pour le mouvement ouvrier, l’état pouvait légitimement se « substituer » au secteur privé pour contrôler les grands groupes industriels et financiers, ceux-ci produisant et écoulant l’essentiel de leurs produits et services dans le cadre national. Mieux encore, cette prise de contrôle allait dans le sens d’un progrès lié à la rationalisation économique et à la constitution de monopoles vus, à l’époque, comme les mieux à même de favoriser l’innovation. Dès 1892[4], dans son ouvrage « Le programme socialiste », Karl Kaustky le principal théoricien de la IIème internationale, indiquait que « l’action économique de l’état moderne est l’origine naturelle de l’évolution qui conduit à la société socialiste » et que « l’évolution politique et économique fournit elle-même dans les grandes entreprises, les trusts, les points d’ancrage pour la transition à l’économie dirigée par l’état; cette évolution poussera le prolétariat dans la voie du socialisme ». Lénine ira dans le même sens[5], en valorisant les avancées du capitalisme allemand : « Donnons avant tout un exemple très concret de capitalisme d’Etat [vu, par Lénine, comme le passage obligé, pour la Russie, pour aller vers le socialisme]. Tout le monde sait quel est cet exemple: l’Allemagne. Nous trouvons dans ce pays le « dernier mot » de la technique moderne du grand capitalisme et de l’organisation méthodique au service de l’impérialisme des bourgeois et des junkers. Supprimez les mots soulignés, remplacez l’État militaire, l’Etat des junkers, l’Etat bourgeois et impérialiste, par un autre Etat, mais un Etat de type social différent, ayant un autre contenu de classe, par l’Etat soviétique, c’est‑à‑dire prolé­tarien, et vous obtiendrez tout l’ensemble de conditions qui donne le socialisme. Le socialisme est impossible sans la technique du grand capitalisme, conçue d’après le dernier mot de la science la plus moderne, sans une organisation d’Etat méthodique qui ordonne des dizaines de millions d’hommes à l’observa­tion la plus rigoureuse d’une norme unique dans la produc­tion et la répartition des produits. Nous, les marxistes, nous l’avons toujours affirmé; quant aux gens qui ont été incapables de comprendre au moins cela (les anarchistes et une bonne moitié des socialistes‑révolutionnaires de gau­che), il est inutile de perdre même deux secondes à discuter avec eux. »

Cette vision est celle de tout le mouvement ouvrier, et pas uniquement celle des partis politiques, et elle ne se limitait pas à des formations se réclamant du marxisme. En Grande-Bretagne, par exemple, les « trade unions » votent une première fois en 1894 une motion en faveur de la nationalisation de la terre, des mines et de tous les moyens de production et d’échanges. Une position qui est celle de petits courants marxistes électoralistes mais surtout celle des « Fabiens » ce courant socialiste britannique foncièrement antimarxiste et des syndicats, les « trade unions », influencés par le fabianisme.

Des stratégies différentes et un accord sur le rôle de la classe ouvrière et de son parti

Le deuxième niveau, celui de la stratégie, était ce qui concentrait les divergences et justifiait la séparation entre les différents courants et les internationales que nous avons présenté. Séparation entre ceux qui défendaient la voie parlementaire, ceux qui se réclamaient de la révolution et les différentes variantes de modèles combinés de victoire parlementaire et de mobilisations de masse. Et, chez les révolutionnaires, séparation à nouveau, en particulier dans les pays en voie de développement, entre les tenants de l’insurrection centrée sur les centres urbains et les partisans de la « guerre prolongée » eux-mêmes divisés entre un modèle asiatique insistant sur la distinction entre parti, armée et masses et le modèle « guévariste », plus mouvementiste.

Le troisième niveau, celui des forces nécessaires à la mise en œuvre de ces stratégies et à la réalisation du socialisme, était moins polémique. La classe ouvrière, le prolétariat, était la seule classe réellement à même de porter jusqu’au bout un tel projet, mais comme elle n’était pas capable de le penser spontanément, il fallait constituer un parti qui guiderait ce processus. Un parti convaincu du caractère scientifique de son objectif et de sa méthode et qui devait pour cela être dirigé par les intellectuels, selon Kautsky, ou se constituer en « intellectuel collectif », version Lénine. Conséquence logique de la séparation entre la classe ouvrière et son parti et du caractère scientifique du projet à réaliser, le parti devait avoir un rôle dirigeant, en particulier dans son rapport aux syndicats et mouvements de masse. Un rôle dirigeant affirmé de façon instrumentale par la social-démocratie allemande puis par les partis communistes, mais qui a évolué vers des formes de dominations moins brutales que la « courroie de transmission », comme la conquête de l’hégémonie ou même la définition du rôle du parti comme « débouché des luttes », formule qui continue à lui conférer un rôle supérieur.

Ce rappel nous permet de voir l’écart qui existe entre cette culture politique, cette vision stratégique et programmatique et celles du mouvement altermondialiste comme celles que portait l’AIT.

Nous allons essayer de comprendre ce qu’il est possible de rapprocher ou pas dans la culture politique de l’AIT et celle du mouvement altermondialiste, et pour cela nous traiterons de deux questions, les alternatives au capitalisme et les forces sociales et politiques nécessaires à la transformation sociale.

Construire des alternatives au capitalisme

Au XIXème siècle, lors de l’émergence des théories socialistes et communistes, l’aspiration la plus répandue était celle de coopératives ou associations ouvrières de production qui devaient permettre de s’émanciper du salariat[6]. Ces associations étaient fondées sur un capital commun, inaliénable et indissoluble, qui tirait des « communs » paysans, issus du monde féodal, le principe d’une séparation entre une propriété collective et inaliénable et une capacité d’usage qui permettait à la personne de participer à la production matérielle. Des coopératives d’achat ainsi que des mutuelles et société de secours et d’assistance gérées par les travailleurs complétaient le rôle des coopératives de production et assuraient les tâches de solidarité face à la maladie ou la vieillesse.

Le programme de l’AIT est dans la continuité. L’adresse inaugurale, dont la rédaction finale fut assurée par Karl Marx, défend le « triomphe… du mouvement coopératif et surtout des manufactures coopératives ». Le débat dans l’AIT ne portait pas sur le rôle nécessaire des coopératives, mais sur la capacité de transformer graduellement le système capitaliste par leur développement progressif. Contre les proudhoniens, qui défendaient ces positions, Marx… et Bakounine ont défendu l’idée que rien de définitif ne serait possible sans remettre le cause le pouvoir politique de la bourgeoisie, ce que précisera l’adresse inaugurale de l’AIT : « La conquête du pouvoir politique est donc devenue le premier devoir de la classe ouvrière ».

Il faudra presque un siècle pour que la question des biens communs revienne au centre des discussions des mouvements sociaux – à travers le mouvement altermondialisme – et des sphères académiques tout du moins. A la base de ce retour en grâce, on a bien sur le bilan négatif des expériences d’économies administrées mais aussi le rejet des privatisations qui se sont multipliées dès les années 1980 et plus généralement du pouvoir exorbitant acquis par les entreprises multinationales. La phase actuelle de mondialisation change également la donne en fragilisant la crédibilité des programmes basés sur les nationalisations et la planification de l’économie. Ceux-ci étaient crédibles quand, dans chacun des principaux pays, on trouvait l’essentiel des branches industrielles et que celles-ci étaient sous le contrôle de capitaux nationaux. Mais la mondialisation a accéléré la spécialisation des pays qui ont vu disparaître des pans entiers de leurs appareils productifs pendant que dans leurs secteurs de spécialisation, les entreprises sont devenues des multinationales dont l’activité se développe majoritairement en dehors des frontières de leur pays d’origine, ce qui réduit le champ de crédibilité des nationalisations à ce qui relève traditionnellement du secteur public et au secteur bancaire.

Dans ce contexte, de nouvelles catégories de « bien communs » ont émergé : les biens communs de la connaissance, du logiciel libre à des productions comme wikipedia ou le développement de revues académiques libres de droits ; et les biens naturels tels que les océans, l’atmosphère ou le climat qui sont menacés aujourd’hui par les activités humaines.

Ces nouvelles catégories de biens communs ont ceci de particulier qu’ils vont de pair avec la définition de nouveaux droits universels : un « droit d’accès à la connaissance » pour les biens communs qui relèvent de ce registre et pour ce qui est des biens communs naturels d’une troisième, voire d’une quatrième, génération de « droits fondamentaux ». Après les droits civils et politiques et les droits économiques et sociaux, commencent à être définis des droits généraux comme « le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé » qui a été intégré à la Constitution de la République française en 2005, voire, de façon plus large encore, les « droits des non-humains », dont la planète-terre, que défendent aujourd’hui auprès de l’ONU la Bolivie et l’Equateur.

Ce lien aux droits fondamentaux va donner un nouvel essor à la notion de « biens communs » qui ne se limitent plus aux communs issus du monde agricole et forestier ou des coopératives de production et de consommation. Les communs permettent de penser une propriété collective en sortant de l’opposition binaire loi du marché versus sphère publique comprise comme sphère institutionnelle gérée par l’Etat au sens large. Le logiciel libre, wikipedia, les semences paysannes, la gestion des forêts par les populations indigènes qui y vivent depuis des temps immémoriaux ou les coopératives sont autant de biens collectifs qui ne dépendent pas de l’Etat et sont gérés directement par ceux qui y travaillent ou veillent à leur développement.

Il ne s’agit pas, pour le mouvement altermondialiste, de nier qu’il existe, dans le monde contemporain, un grand nombre de services et d’infrastructures techniques qui ne pourront être assurés et développés que par des services publics et des entreprises nationales (éducation, santé, transports, etc.). Mais le retour de la thématique des « communs » permet de retrouver une préoccupation qui était présente dans la culture politique de l’AIT : défendre et promouvoir les initiatives autonomes des travailleurs et des consommateurs comme alternative au capitalisme.

Identifier les acteurs de la transformation sociale et de la lutte contre l’exploitation et les oppressions

Il s’agit de deux questions liées : y-a-t-il une ou des classes sociales déterminantes dans cette lutte, et quel doit être le rôle des partis politiques dans ce processus ?

La réponse à la première question va de soi pour l’AIT : ce sont les ouvriers, les prolétaires, qui doivent s’organiser pour conquérir le pouvoir politique.

[1] A. Salleh, The Meta-Industrials, WSF, Occupy, and Rio+20 . Article disponible en anglais sur le site : http://www.reseau-ipam.org/spip.php?article2907. On pourra aussi consulter son site :  http://www.arielsalleh.info/

[2] Intervention au débat stratégique du Conseil international du Forum social mondial, Rabat 2009.

[3] Octavio Rodriguez-Araujo, gauches et gauchismes, de la première internationale à Porto alegre, Siglo XXI en espagnol, 2002 et L’Atalante, Nantes, 2004

[4] Dans ce livre, Karl Kautsky tient pour acquis le retour en grâce de l’action de l’état et la fin de la première mondialisation qui, pour lui, est symbolisée par l’école de Manchester qui, dans la première moitié du XIXème siècle, a joué le rôle de l’école de Chicago dans les années 1970/1980. En fait le point tournant qui marque la fin de la première mondialisation est 1884, date à laquelle le gouvernement allemand décide de protéger ses productions industrielles et agricoles pour répondre au début d’une crise économique et aux revendications salariales. Mais il a fallu la première guerre mondiale puis la crise de 1929 pour en finir totalement avec la mondialisation du XIXème siècle.

[5] Lénine, « Sur l’infantilisme de gauche et les idées petites bourgeoises », 5 mai 1918

[6] Jean Philippe Milesy, www.politis.fr

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