Articles et interventions

Les défis du FSM – Planète et Paix – 2p – 18.02.2021 – FSM

Les défis de l’altermondialisme et des Forums Sociaux Mondiaux
FSM 2021

Gustave Massiah
3-03-2021

 

Le FSM virtuel de janvier 2021 s’est très bien passé, compte tenu de la situation générale, des contraintes de la pandémie et du temps très court de préparation. Les données sur la participation (9500 inscrits de 144 pays dont 1300 associations ; et 800 activités, dont près de 150 sur des initiatives et des mobilisations) sont disponibles à partir du lien suivan :
 https://owncloud.rio20.net/index.php/s/sRMpSjYA2kFWXXw

Le Forum a été confronté, du fait de la pandémie, à la nécessité d’organiser un forum virtuel.
Le numérique ouvre de nouvelles contradictions. Il permet certes des échanges internationaux sans vols internationaux et sans visas. Mais il manque la force des rencontres et le caractère festif et créatif du présentiel.

 

Le FSM virtuel 2021 est une étape dans la construction d’une nouvelle phase de l’altermondialisme. Chaque phase de l’altermondialisme est une réponse à la logique dominante du capitalisme dans sa phase néolibérale et s’appuie sur des formes de mobilisations. Dès 1980, la première phase avançait le refus des Plans d’ajustement structurel et de la dette ; elle a été portée par les comités des peuples du Sud contre la dette et les PAS. A partir de 1989, le mot d’ordre, contre le FMI, la Banque Mondiale et l’OMC, était : le droit international ne doit pas être subordonné au droit des affaires ; elle a été portée par les grands manifestations contre les institutions internationales. La troisième phase, celle des Forums sociaux mondiaux, après Seattle en 1999, avançait : un nouveau monde est possible et nécessaire ; elle a été portée par les mouvements sociaux et les Forums sociaux mondiaux.

Pour apprécier la nouvelle phase, il faut partir de l’évolution du capitalisme et du néolibéralisme : à partir de 2008, la crise financière et le néolibéralisme austéritaire, associant austérité et autoritarisme ; la montée de l’urgence climatique ; la crise de la pandémie. Il faut aussi tenir compte des formes de mobilisations : à partir de 2011, les révolutions arabes, les indignés, les occupy. Puis entre 2017 et 2019, des insurrections dans plus de 49 pays.

La nouvelle phase de l’altermondialisme répondra à cette nouvelle situation après la crise financière et sociale et aux réponses des mouvements à la crise de la pandémie et du climat et à ses conséquences sociales et politiques.

 

A une situation par définition mondiale, celle d’une pandémie, les réponses ont été d’abord nationales et étatiques. Cette situation a démontré les limites des institutions internationales, elle a remis en cause la croyance dans la prédominance du marché mondial capitaliste. Elle interroge aussi les mouvements sur la nécessaire réinvention de l’internationalisme et de l’altermondialisme et sur le rôle que doivent jouer les forums sociaux mondiaux. Les mouvements sociaux et citoyens en réaffirmant leur refus d’une mondialisation néolibérale et capitaliste mettent en avant la nécessité d’une mondialité solidaire, celle d’un autre monde possible et nécessaire. C’est ce qu’ont apporté les forums sociaux mondiaux.

 

Le Forum Social Mondial est constitué par les mouvements sociaux et citoyens. Il permet de renforcer la pluralité et la diversité des mouvements et de faciliter leur renforcement et leurs actions communes. Le grand nombre de mouvements géographiques et thématiques témoigne de l’importance de cet espace des mouvements. Certains mouvements jouent aujourd’hui un rôle stratégique dans la dimension internationale des luttes : les syndicats de salariés ; les mouvements paysans ; les mouvements de femmes ; les mouvements écologiques ; les mouvements de migrants ; les mouvements des peuples autochtones ; les mouvements contre les discriminations et les racismes, porteurs de la continuité de la décolonisation.

 

Les mouvements doivent définir leur stratégie. Ils sont confrontés à la nécessité de la résistance. Elle comportera un premier volet de luttes pour les libertés démocratiques, pour l’égalité d’accès aux droits. Elle nécessitera aussi une bataille contre l’hégémonie culturelle de la phase actuelle du capitalisme, contre les idéologies identitaires, sécuritaires et discriminatoires. Ils doivent aussi participer à la construction du nouveau monde. Les alternatives au capitalisme existent, du local avec les transformations, au national avec les luttes pour les droits. Comme des préfigurations du capitalisme existaient déjà dans le féodalisme, les mouvements peuvent identifier et appuyer les préfigurations du dépassement du capitalisme dans les sociétés actuelles.

 

L’impératif démocratique nécessite une réinvention du politique. Il est urgent de trouver des modes de coordinations entre les « formes mouvements » et les « formes partis ». Les mouvements doivent définir le rôle politique qu’ils peuvent jouer. Les partis doivent abandonner leur prétention d’organisations d’avant-garde destinées à diriger les mouvements. Ils doivent aussi revoir leur stratégie (créer un parti, pour conquérir l’Etat, pour changer la société) qui instaure l’Etat en seul acteur du changement.

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