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Regards photos de Alejandro Cartagena – 1p – 25.11.2012 – urbain

Gus Massiah sur les photos de Alejandro Cartagena

Gustave Massiah
25 novembre 2012

Dans les manifs ou dans les travées des forums sociaux mondiaux, on le reconnaît sans se tromper à sa silhouette ronde, à sa barbe maintenant blanche, qui envahit un visage jovial. Gustave Massiah est de tous les combats pour la solidarité internationale. Ingénieur, économiste, longtemps enseignant en école d’architecture, il a beaucoup écrit sur l’urbanisme et le développement. Ancien président Fondateur du CRID, galaxie d’associations d’aide au développement et de soutien aux luttes des pays du Sud, il cultive le mélange de compétence et d’engagement. Il participe désormais au conseil international secrétariat des forums sociaux mondiaux.

On se retrouve dans un café près de l’Assemblée nationale, un jour d’hommage à Danièle Mitterrand avec qui il travailla dans la fondation « France liberté ». Il découvre ces images, fruit d’un artiste américain.

« Ces photos sont magnifiques. Elles donnent un formidable coup de poing. Ce regard vu d’en haut est comme une coupe qui aurait fait sauter la bâche du pick-up.

C’est l’antithèse des clichés de Yann Arhus-Bertrand « vues du ciel », qui gomment la densité humaine. Ici, le photographe Alejandro Cartagena joue avec les formes, les couleurs et impose une forme de poésie qui accepte la réalité dans ce qu’elle a de dure et de fort.

On voit ces hommes qui partent au travail, dont on imagine qu’il n’est pas un travail stable. Il y a ceux qui dorment sous leur couverture, ceux qui s’alignent comme des sardines dans leur boite, allongés bien droits avec les bras repliés sur le corps et ceux qui au contraire s’étalent et se déploient. Il y a aussi ceux qui se parlent. On ne sait pas ce qu’ils se disent. Peut-être discutent –ils du syndicat, peut-être parlent-ils de ce moment d’après où ils ne seront plus ensemble.

Ce sont des migrants de fait. Leur situation de transition immédiate fait écho à la structuration du monde par les migrations.

Je trouve très belle cette contradiction entre la voiture, la vitesse et le carré. Ce carré de la remorque est réinvesti comme une pièce de maison pauvre où ces hommes reconstruisent une forme de stabilité… malgré cette vitesse ».

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